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Tome V.
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5>o HISTOIRE DE PO L Y B E,

courage; ce que les soldats &; leurs Officiers sentoient bien. On n’a garde de se re-buter , lorfqu’on compte d’être secouru , & que toute une garnison prend lesarmes.

Le Chevalier d’Entragues étoit malheureusement hors de combat , comme je l’aídit plus haut. Les Officiers furent quelques momens incertains de ce qu’ils feroient.II falloit pourtant se résoudre, le tems pressoir remarcher à la place Sabatine , ç’eûtété une témérité, ç’eût été engager un combat fort inégal contre un corps considéra-ble d’infanterie & de cavalerie ; contre lequel il n’auroit pas été possible de résister.Que faire ? On entend une voix , qui sut suivie de plusieurs autres , qu’il falloir seretirer par la petite place des Jacobins , gagner de là le rempart du côté du château,& attendre dans Pesplanade la jonction du reste de la garnison , pour remarcher ensuiteà la place Sabatine & tâcher d’en déloger les ennemis, qu’il étoit dangereux d’atten-dre plus longtems , de peur qu’ils ne s’apperçûssent enfin qu’ils n’avoient affaire qu a.une poignée de gens. L'avis fut goûté , mais on ne put l’exécuter. Peut-être íut-ce un bonheur qu’il fe trouvât des obstacles. Car les Généraux qui arrivèrent au châ-teau peu de tems après , fe croiant bien fondez à croire que les ennemis étoient pl usforts qu’ils ne l’étoient effectivement , n’auroient apparemment pas permis que debraves gens allassent s’exposer à une mort certaine, sans esperance de repousser l’enne-mi. II falloit, pour aller au château, gagner une petite rue qui étoit enfilée de toucle feu de la Chapelle & de la maison du Prêtre Gozoli. On ne s’attendoit pas d’ytrouver trois cens hommes qui s’y étoient logez. On y marche ; mais à peine pa-rut-on dans cette rue, qu’on fe vit exposé à tout le feu de cette Eglise & de la mai-son. Nos gens en parurent un peu ébranlez ; mais ils ne le furent qu’autant de temsqu’il en faut à des hommes de courage pour revenir de leur trouble, & pour prendreune résolution vigoureuse. Ils s’encouragent les uns les autres, & crient à leurs Of-ficiers qu’aiant ^ennemi si près d’eux, ils euffent à les mener fans délibérer, & qu’enallant droit à eux ils trouveroient assez l’expédient de les faire taire. Les Officiers,qui voient cette volonté dont on avoit si grand besoin , font d’avis de brusquer cesgens-là, fans les marchander. La troupe étoit bien petite , il n’y avoit guéres plusde deux cens hommes. II falloit faire une disposition, embrasser la maison & l’Egli-se. On s’y détermina , lorsqu’on vit arriver Montendre Colonel de Médocs &d’Arennes Major Général, qui amenoient un secours d’environ trois cens hommes dedifférens corps. Ce secours inespéré releva le courage & les espérances des soldats.Après cette jonction, on marche à la Chapelle avec toute l’audace possible. On'es-fuia d’abord un grand feu ; mais dès qu’on cut gagné le pied du mur , qui n’avoit?aucun flanc, l’ennemi fe trouva entièrement hors de visée, & nos gens entièrement àcouvert. La difficulté étoit de forcer l’Eglisc & la maison, les murailles en étoientbonnes & fortes ; & quand les portes en eussent été ouvertes , ç’eût été une impru-dence de prétendre d’en chasser l’ennemi. Il eût fallu y passer un à*un , ou deux à'deux ; on n’avoit ni canon ni outils pour sapper le mur , & l’affaire' ne souffroit nulretardement. Que faire? Dans cette incertitude quelqu’un s’avisa de dire , qu’il n’yavoit nul autre expédient à prendre que de mettre le feu aux portes , & tout en mê-me tems à la maison. L’ennemi, qui entend parler de feu, & qui craint d’être brû-lé ou fumé , demande s’il n’y auroit pas bon quartier. On leur promet , pourvuqu’ils se hâtent de sortir. Ils se rendent donc au nombre de trois cens hommes ; maisle soldat étoit si animé, qu’on eut bien de la peine à le retenir. On en tua quelques-uns, & le reste fut conduit au château.

Voilà la première action qui releva le courage & les espérances de nos soldats : caraprès cette action, où nous ne perdîmes que six ou sept hommes & quelques blessez,

par-