„4 HISTOIRE DE POLYBE,
Les Romains eussent pû s’épargner la honte de se voir chassez de la ville après Fa-voir prise, en y entrant en bon ordre, sçachant à quels ennemis ils avoient affaire, &en mettant le feu dans la ville. Tite, qui se trouva à la dernière attaque, ne pouvoitignorer la faute de Vespasien, & la leçon étoit trop palpable pour l’oublier: cependantil tomba dans la même bévue au fiege de Jérusalem peu de tems après. Car aiantrfait une seconde brèche au mur, il le fit insulter, & s’en étant rendu le martre, il crutl'ètre de la nouvelle ville, où il entra fans grande résistance. Mais à peine eut-i!gagné l’entrée des rues, que les factieux qui n’avoient pas été d’avis de se rendre,„ s’opposérent à eux dans ces rues étroites, dit le même Joséphe , & d’autres étant„ sortis hors de leurs murailles par les portes d’en haut, les attaquèrent. Les corps-„ de-gàrde des Romains en furent fi surpris & fi troublez, qu’ils dé tendirent des„ murs en bas, abandonnèrent les tours, & fe retirèrent dans leur camp. II s’éleva„ alors de grands cris de toutes parts du côté des Romains, à cause que ceux qui„ étoient demeurez dans la ville fe trouvoient environnez par les ennemis, & ceux„ qui s’étoient sauvez dans le camp appréhendèrent pour eux le péril où ils les
„ voioient.Il en feroit à peine échapé un seul, fi Tite ne les eût secourus. Il
„ mit au bout des rues des gens de traits pour repousser les ennemis, & alla en per-„ sonne aux lieux ou ils étoient en plus grand nombre. Tite faisant continuellement„ tirer de la sorte, arrêta les Juifs jufqu’à ce qu’il eût retiré.tous fcs gens; & ce fut„ ainsi que les Romains après avoir gagné le second mur & la nouvelle ville, fiirent„ contraints de l’abandonner.
Si Tite se fût saisi de l’entrée sens aller plus avant, qu’il s’y fût d’abord fortifié,’& qu’il eût fait percer les maisons des deux cotez de l’une à f autre, les factieux fefussent bien gardez de P'attaquer, de peur d’étre pris en flanc par ceux qui auroientété les maîtres de ces maisons; si Tite, comme il y paroît par ce que dit l’HistorienJuif dans le narré de ce siège, avoir si fort envie de se conserver cette ville si célébré;:mais dans des cas semblables, & dans une place si puissamment soutenue & toute plei-ne de gens de guerre, c’est une vraie imprudence de ménager des gens qui ne méritè-rent jamais qu’on y allât de bonne guerre, puisqu’ils la faisoient si mauvaise, il eûtmieux sait de mettre le feu par tout. Cette sortie qu'ils firent pour prendre les Ro-mains par leurs derrières, leur ôter toute voie de retraite & faire diversion de leursforces, mérite d’être remarquée.
Ces sortes de stratagèmes sont toujours heureux, parce qu'ils font rares, & lesgrosses sorties pendant un assaut, lorsqu’une garnison est forte & nombreuse, ne peu-vent manquer de réussir & d’étonner l’ennemi. Ces exemples ne se trouvent quedans les Anciens, & c’est chez eux, qui font nos Maîtres, qu’il faut puiser des le-çons dans la défense des places : en vain les chercherïons-nous chez les Modernes; cequi fait voir combien il importe aux gens de guerre d’étudier la milice des Anciensdans toutes ses parties, sens laquelle il est difficile de parvenir jamais à la gloire quela guerre fe propose, & d’arriver à ce haut point de capacité qui distingue si fort leshommes les uns des autres. Mais on me répondra que tous ces précieux Ouvragesdes Auteurs dogmatiques de l’antiquité font perdus, & que pour les chercher & lesrecouvrer, du moins en partie, les rejoindre & les réunir ensemble, il faut une lectu-re , une application & une patience au-delà de tout ce qu’on peut imaginer, & y met-tre tout son tems ; outre les moiens dont tous ceux qui Rappliquent manquent ordi-nairement, étant le plus souvent déniiez de secours, de fortune, & des commoditésnécessaires. La science de la guerre ne méne pas toujours aux honneurs & auXrécompenses, dont elle étoit couronnée autrefois chez les Grecs & chez les Rotmains.
O»