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Tome V.
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i 3 2. HISTOIRE DE POLYBE,

du premier, est sans doute le plus puissant, fans être le plus raisonnable : car il y aune

fort grande différence, au jugement des plus éclairez, entre le Grec & le Romain.

On les compare pourtant ensemble, sans que personne jusques ici ait osé décider quide ces deux grands hommes remporte fur l'autre. Chose surprenante ! comme s’il ya volt beaucoup à craindre de s egarer, & qu il fallut pour resoudre ce grand problè-me une fort grande étendue d’esprit, de lumières & de jugement. II faut peu de toutcela: car en examinant & comparant les actions de l’un & de l’autre, qui doute quele Romain ne soit infiniment au-dessus du Grec? Tout le monde est capable de cetteanalyse. Voici pis que tout cela, car je n ai garde de demeurer en si beau chemin,puisque je suis en train de décider sur le mérite des grands Capitaines. Je fuis plusen droit de me revêtir d’une autorité si sublime qu un Sçavant d'une profession très-opposée à la mienne; voici pis, dis-je, je fuis persuade que Charles XII. Roi de Sué-de est comparable à Alexandre le Grand, s’il ne le surpasse par ses actions, par ses ver-tus, par fa valeur & par ses grandes qualitez pour la guerre.

Bien des gens fe récrieront contre une opinion si hardie & si téméraire, à cause durespect qu’ils portent à ce grand Capitaine de 1 antiquité, qu'ils croient qu’aucun a-vant ni après lui n’a surpassé ni meme egale. Mais comme ce n est pas ma coutumede décider fans de puissantes raisons & fans connoissance de cause, je me mets peu enpeine de les choquer dans un tel azile, & je ferai toujours du côté du Héros moder-ne , quelque malheureuse qu’ait été la fin de son expédition dans le fond de la Mosco-vie. . Il est tombé dans de grandes fautes, dira-t-on; qui le nie? Alexandre en eût-ilmoins fait s’il eût eu affaire à tout autres ennemis qu’à des Perses efféminez & à desIndiens? II n’avoit, dira-t-on encore, qu’une poignée de gens en comparaison de sesennemis: le Monarque Suédois en avoit-il plus? La disproportion étoit telle à Pul-towa, qu’elle est à peine concevable. L’on peut dire qu'il sut accablé du nombreplutôt que vaincu. Jamais Aléxandre ne s’est trouvé dans un si grand cercle de diffi-cultez presque insurmontables que ce grand Prince, jamais il n’a eu en tête des enne-mis si redoutables, ni fait de si grandes actions & en si grand nombre, ni oh la va-leur & la conduite se rencontrent au degré le plus éminent. Parlons franchement,Alexandre ne me semble pas aussi grand que la renommée le publie. On peut hardi-ment en rabattre quelque chose, sans craindre de trop intéresser fa conscience, lors-qu'on le compare à Charles XII. qui a fait voir en lui toutes les parties de la guerredans le plus grand & le plus beau de cette science, aussi bien que dansJes vertus qui donnent le dernier trait aux Guerriers les plus estimez & les plus dignesde notre admiration. Me prouvera-t-on que le Grec en fût aussi bien fourni que leHéros moderne ? Je doute qu’on le puisse jamais. Me niera-t-on que ce Guerrier sirévéré n’ait fait mille mauvaises actions, qu’il n’y a point aujourd’hui de Princes, ditBayle quelque part, que mille volumes ne dégradassent de toute fa gloire, s’il íaifoitla moindre partie de ce que fit Alexandre ? Quoique je fois très-persuadé que mon opi-nion ne pasìera pas dans l’esprit de la multitude, ce Héros moderne fera toujours au-dessus de tout, & le faux de ce jugement ne fe fera jamais mieux sentir qu’à la ré-flexion d’un homme capable de juger d’un grand Capitaine par les faits, qui sont labalance des Connoisseurs dans ces fortes de choses. _

Le passage de la rivière ou du canal de Holowitz en T708. vaut bien celui duGranique. Cette action n’est pas pour cela la plus belle & la plus remarquable furcette partie de la guerre. " Le Roi toujours impatient de vaincre, dit l'Historien *

„ de fa Vie, qui a écrit certainement fur de bons Mémoires, ” ne put gagner sor

„ lui

* Limiers-. Hifi. ik Suéde tom , f. /. 9.