L I V R E IV. CHAP. XIV.
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soit en des endroits où l'on puisse soupçonner qu’on passera ; ce qui oblige l’ennemid’y marcher en forces, ou de disposer ses troupes en divers lieux. On doit encorey amener du canon; ce qui fait croire que c’est là que l’on veut tenter le passage,pendant qu’on fe prépare à traverser à un autre endroit. J’ai parlé de ces sortes dcruses dans le Volume précédent, dans mes Observations fur le passage des grandes ri-vières, & l’on doit observer la même méthode à l’égard des petites. Comme j’ai dita *lleurs que les exemples instruisent mieux que les préceptes, & que ceux-ci sont aussisecs que les autres sont agréables, j’en rapporterai trois qui sont fort célébrés dansl’Histoire.
Le passage du Méandre à gué & de vive force par Louis VII. scroit faction dttmonde la plus hardie, si ce Prince ne fe fût pas trouvé dans f absolue nécessité de l’en-treprendre, puisque fa retraite tenoit assez de l’impratiquable : car toutes ces Croisadesqui ont été par terre à la conquête de la Terre sainte, n’ont jamais ete fort prudentesni fort bien concertées. Louis étant arrivé fur le Méandre en n 47* P a . r un autrcchemin que celui qu’avoit tenu l’armée de Conrad, qui avoir pris à gauche, fe cam-pa dans une belle plaine, aiant le fleuve en face & une bonne armee de Turcs fur larive opposée pour lui en défendre le passage : & ce qu il y avoit de plus fâcheux, c’estque l’ennemi avoit garni les bords de la rivière d’un bon nombre d archers, qui ti-raient fur ceux qui alloient à l’eau ou fur les chevaux qui alloient a 1 abreuvoir ; cequi fàifoit redoubler l’envie aux Croisez de se délivrer de cette incommodité, d envenir aux mains & de passer le fleuve. On voioit bien ladifficulté dejetter un pont,& une plus grande à défiler devant une armée. On chercha longtems un gué. Onen découvrit enfin un, dit f Historien, que les gens du païs ne connoissoient point.Ce fut en cet endroit qu’on se résolut de traverser la rivière, Sc où les Turcs se pré-sentèrent pour en disputer le passage. La cavalerie Françoise, qui étoit très-nombreu-se, malgré une grêle épouvantable de flèches, entra dans le gué avec tant de courage& de résolution, qu’elle gagna le bord opposé avec beaucoup de peine. Les Turcsopposoient leurs lances aux épées de nos cavaliers, ce qui rendit le combat dangereux& longtems incertain, à cause de l’avantage de leurs armes. Mais comme cette cava-lerie grossissoit toujours, & qu’elle combattent avec un plus grand ordre que les Infi-dèles, ceux-ci furent obligez de céder, & bientôt après ils prirent la fuite avec tant dedésordre & de confusion, qu'il en fut tué un très-grand nombre; les autres, qnipu-rent tomber entre les mains des Croisez, furent faits esclaves, laissant lent camp &leurs bagages. Les deux exemples qui me restent, & qui termineront ce Paragrafe,font tirez des Commentaires de César: f un Sc f autre appartiennent absolument au su-jet que je traite. II s’agit seulement du stratagème dont on peut se servir dans unpassage de rivière à gué, comme dans les autres qu’on ne peut traverser que sur unpont, a la nage ou sur des batteaux.
César (a) s etant résolu d’assiéger Clermontfans abandonner ses autres desseins, pouraiettre plutôt fin à la guerre, ” partagea son armée; & envolant Labiénus avec qua-
tre légions & une partie de la cavalerie contre ceux de Paris & de Sens, mena le»» reste * le long de la rivière d’Allier, pour assiéger Clermont. Vercingentorix a-” verti de fa marché, le côtoie àl’autte bord; & après avoir fait rompre tous ies" P°nts, pour empêcher qu’on n’en fît d’autres, il disperse par tout ía cavalerie. Ce-” P e ndant comme les deux armées campoient tous les jours assez proche, & ne fe" Ploient point de vue. César appréhendoit de passer une partie de la campagne
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