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Tome V.
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i;S HISTOIRE DE POLYBE,

„ fans rien faire » parce que l’Allier n’est guéable d’ordinaire qu’en Automne. A la„ fin il s’avisa de camper dans un lieu couvert de bois, vis-à-vis d’un des ponts que„ Vercingentorix avoit fait rompre, & s’y arrêta le lendemain avec vingt cohortes„ qu’il avoit tirées des légions; afin que le nombre n'en parût point diminué, &„ ce corps s’embusqua dans le bois. Le reste eut ordre de marcher comme de cou-„ tume, avec tout le bagage, & de faire le plus de chemin qu’il pourroit. Com-,, me il jugea que ses gens pourroient être arrivez au lieu où ils dévoient camper, il„ fit refaire en diligence le pont fur les mêmes pieux, qui étoient encore debout ; Sc„ passant dessus se retrancha en un lieu avantageux, où il fit venir ensuite le reste de„ ses troupes.

• Ce passage est remarquable, & je m’affure que les Connoisseurs en jugeront com-me moi. Mais en voici un autre que César rapporte lui-même, & dont il donne tou-te la gloire à Labiénus. Les Généraux du commun fe l’attribueroient toute entière,& diroient fans aucune honte que l’Officier Général n’a fait qu’exécuter précisémentles ordres & le projet qu’ils leur ont donnez pour se tirer d’embarras & venir les join-dre : ces fortes de bassesses ont été fort à la mode dans les dernières guerres. VoiciP exemple, il est un peu long; mais je fuis; sûr que qui que ce soit ne s'en plaindra:car il y a un art & une profondeur de conduite dans cette action qu’on ne sçauroittrop admirer.

„ Cependant Labiénus, après avoir laissé à Sens pour la garde du bagage, les re-„ crues qu’on avoit amenées d’Italie, marcha avec quatre légions vers Paris, qui est,, situé dans une Ifle de la Seine, où furie bruit de íà venue, toutes les forces des,, Etats voisins s’étoient assemblées pour lui disputer le passage, à cause des marais„ qui l’environnent. L’armée étoit commandée par Camulogése, qui avoit été choisi„ pour son expérience, quoique dans une vieillesse extrême. Labiénus ne fut pas„ plutôt arrivé, qu’il commença à faire ses approches à la faveur des mantelets, & à„ se faire un passage à travers le marais, avec des claies & des fascines; mais voiant„ la difficulté qu’il y avoit, il décampe fans bruit fur le milieu de la nuit, Sc re-,, tourne fur ses pas vers Melun, ville du territoire de Sens, située dans une Isle de„ la Seine comme Paris. II rencontre là environ cinquante batteaux qu’il assemble,„ & passant dessus se rend maître de la place, qu’il trouve étonnée, par l’absence des,, habitans, dont une grande partie étoit au camp ennemi. Ensuite il refait le pont,, qu’ils avoient rompu quelques jours auparavant, & reprend la route de Paris, en„ décendant le long du fleuve. Sur ces nouvelles, les ennemis mettent le feu dans„ la ville, font rompre les ponts, & quittant le marais, fe campent fur les bords de„ la Seine, vis-à-vis de la place & du camp de Labiénus, la rivière entre eux deux.„ Us avoient déja appris la levée du siège de Clermont, & la révolte d’Autun suivie„ de quelques heureux succès, & disoient aux nôtres lorsqu’ils les rencontraient, que„ César voiant les passages fermez, & ne pouvant traverser la Loire, s’étoit retiré en„ Languedoc faute de vivres. D’ailleurs ceux de Beauvais, infidèles d’eux-mêmes,„ fur la nouvelle de ces désordres, commençoient à lever des troupes, & se prépa-„ raient ouvertement à la guerre. Labiénus aiant appris de si grands changemens, vit„ bien qu’il lui falloit quitter son dessein, & tâcher de ramener l’armée en sûreté, au„ lieu de penser à de nouvelles conquêtes. Car d’un côté il se voioit pressé par ceux« de Beauvais, qu’on estimoit très-belliqueux, & de l’autre de Camulogése, & sépa-„ ré de Sens-, où étoit tout le bagage de l’armée, par une grande rivière. En cette,3 extrémité, il crut qu’il falloit prendre une résolution généreuse, & aiant assemblé,, sur le soir les Officiers, il leur ordonna de se tenir prêts pour exécuter ses ordres.„ Ensuite il distribua aux Chevaliers Romains tous les vaisseaux qu’il avoit amene 2