Band 
Tome V.
Seite
140
JPEG-Download
 

, 4 o HISTOIRE DE POLYBE,

qué ailleurs. Rien n’est plus difficile que de traverser une rivière sur un pontysur lequel il saut défiler en présence de l’ennemi: c’est la chose du monde de la-quelle je voudrois le moins répondre contre un tout autre Antagonistre qu’un sor.Car il faut' être même plus que cela pour se laisser emporter lorsqu’on ne nous at-taque qu’à un seul endroit. A l’égara des guez, comme on défile toujours fur unplus grand front lorsqu’ils ne font pas extrêmement profonds, il faut fans doute unplus grand art pour les défendre. J’ai déja expliqué, en parlant de l’attaque, les pré-cautions que l’on doit prendre pour rompre les guez le long du cours d’une rivière ,& surtout ceux qui sont éloignez, où il saut se retrancher. Tout cela est traitéailleurs;, mais je ne l’ai pas fait à plein fond: je m’en acquitterai ici autant que j'enfuis capable.

J’ai déja dit qu'il ne faut jamais présenter une seule arme à l’attaque du passage desrivières, on doit suivre le même principe dans la défense, c’est-à-dire que la cavaleriene combatte jamais qu’entrelassée de ses pelotons & de colonnes d’infanterie pour unplus grand effort, étant assez ordinaire à celui qui attaque de faire passer fà cavalerie ;ce qui est un très-grand défaut, faute de connoître 1a force de l’infanterie, qui estala vérité trés-peu capable de soutenir le choc de la cavalerie, vû k maniéré dont on-la sait combattre aujourd’hui, étant même sort rare de la ranger sur plus de quatrede file. Si les Généraux la connoissoient bien, ils changeroient infailliblement deméthode.

Celui qui défend une rivière, & qui s’attend à être attaqué, outre les mesures or-dinaires de rompre les guez, d’escarper les rives & de les relever par des épaulemensoîi l’infanterie puisse être à couvert, & tous les autres obstacles que le bon sens & lesréglés de la guerre nous enseignent, il y a encore bien des choses à observer. Ondoit reconnoître le terrain qui est en-dela, s’il ne domine pas absolument sur 1a plai-ne, s’il y a des hauteurs qui règnent le long des bords, si elles en font très-près, &où l’ennemi puisse placer une nombreuse artillerie & un feu d’infanterie, & si le passa-ge en cet endroit est difficile ou aisé, où si l’on y peut jetter un ou deux ponts à lafaveur d’un grand feu que l’on ne puisse soutenir fans grande perte. Il est fort rarede ne point trouver de ces sortes de situations, & fort rare auffi que le terrain nousoffre de telles saveurs de notre côté: car l’ennemi nous faisant la loi, il évite ces sor-tes d’endroits pour passer à un autre plus difficile, mais qui lui fera toujours moinsmeurtrier; outre qu’en quelque endroit qu’il veuille, il trouvera to u j ours dequoi lo-ger son canon, toujours plus avantageusement posté au bas & fur le bord de la riviè-re , que fur une hauteur qui domine la plaine : car les hauteurs à l’égard du feu nefont bonnes que pour celui de l’infanterie; les rangs dominant les uns fur les autrescomme en amphithéâtre, elle fait un plus grand feu, & elle volt d’en haut ce quife pafle en bas ; au lieu que les tirs d’en haut ou plongeans du canon ne sont pas d’unfort grand effet. Or comme ['artillerie est très-nécessaire & très-avantageuse dans lespassages des rivières importantes, & qu’il en faut même beaucoup, soit pour em-pêcher l’ennemi de paraître & de s’avancer, soit pour empêcher Rétablissement d’unpbnt ou le passage d’un gué, & pour qu’à la faveur d’un grand feu ceux qui pas-sent puissent ou se fortifier en-delà, ou se former en- assez grand nombre pour semaintenir, & donner le tems aux autres de les joindre ; tout cela doit être bien con-sidéré pou r tâcher de trouver des expédiens, afin que l’ennemi ne soit pas en re-pos après avoir passé, & qu’on poisse l’attaquer & le faire repasser plus vîte qu’ila’est venu. Ces expédiens ne sont pas difficiles à trouver, lorsqu’on a le tems deles mettre en «uvre, & il en saut certainement peu pour ce que je vais proposer.Lorsqu’on est informé que l’ennemi marche avec un grand attirail d’artillerie, il

fàut