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Tome V.
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LIVRE IV. CHAP. XIV.

faut faire en sorte, s’il se peut, d’en avoir autant à lui opposer, avec un double-attellage pour la rraníporter avec plus de diligence aux endroits ou l’on peut en a-Voir besoin; outre qu’étant bien attellée, on la sauve plus aisément, au cas que l'en-

nemi vienne â percer quelque part; mais ce n est pas là ce qu’on doit observer le plus

particulièrement. Car si l’on ne peut résister au canon de peur d en etre accablé,& qu’il faille pourtant disputer le passage, voici ce qu’il me semble de mieux àfaire. Je ne pense pas que qui que ce soit l’ait jamais pratiqué; mais cela n’em-

pêche point que ce que je vais proposer né soit bon » outre qu’il ne me paroît pas

qu’on puisse trouver un autre moien pour se garantir d’un feu supérieur de canon,& s’en tenir assez près pour qu’on ait le tems de charger f ennemi au passage, 8cd’arriver fur lui en forces & en état même d’attaquer plutôt que de se défendre.

Le meilleur donc est de faire de puiffans épaulemens (r) en croissant ou en li-gne courbe *, à quatre-vingt ou cent toises des endroits où l’on soupçonne qutI’ennemi peut passer. Il saut que les deux cornes (;) ou les deux extremitez dela courbe soient à vingt toises du bord de la rivière, & quelles ne puissent êtreensilées du canon de l’ennemi, & qu elles embrassent un assez grand terrain pourmettre à couvert un grand corps de cavalerie & d'infanterie. Cet epaulement doicetre de sept à huit pieds de hauteur, les terres jettées du cote de 1 ennemi, com-me nous saisons nos tranchées, & qu’il soit en rampe douce. C’èst derriere ce pe-tit rideau de terre, & à couvert de la furie du canon ennemi, qu’on l’attendra audébouché; observant de placer le canon le plus avantageusement qu’il sera possible,& de l’opposer à celui de l’ennemi, pour tâcher de le démonter, en attendant qu’onpuisse le tourner du côté où l’ennemi tentera le passage; mais pour cela il faut queles batteries soient à barbettes, & qu’elles tirent toujours en écharpe ou oblique-ment. C'est une chose tout-à-sait surprenante, que le canon soit placé sur le bordd’une rivière avec ses embrazures, comme dans un siège. Celui qui se défend nedoit jamais le placer de cette maniéré. Je ne parle pas de celui qui attaque: iln’a pas le tems de les établir avec tant de cérémonie. Auffi les habiles Officiersd’artillerie n’ont-ils garde de tomber dans cette faute. Je dirai en paílànt qu’il im-porte aux Généraux d’avoir du moins une idée de cette partie de la guerre, qui n’estpas un pur méchaniíme, comme on le prétend.

Ces épaulemens, dont j’ai parlé plus haut, & où je reviens, sont absolument né-cessaires, & l’on va voir leur usage & leurs avantages, qui ne sont pas peu consi-dérables.

J’ai dit qu’un grand feu de canon, aidé encore de celui de l’infánterie qui bor-de les rives opposées, est quelquefois si terrible & si violent, qu on est souventobligé de céder un très-grand terrain, de peur d’en être accablé, Lé c'est à la saveurde ce feu que l’ennemi passe & se forme; au lieu qu’il ne peut le faire fans un grandPéril, & fans perdre une infinité de monde par ces épaulemens tirez fort près du pas-sage ; outre quêtant en ligne courbe, les boulets & le feu de l’infanterie dont ils fonttout garnis, prennent l’ennemi de toutes parts, à cause des différens^emplacementdes batteries, qui voient de front & en flanc ceux qui passent en-dèça; mais il ne*? Ut . pas lui donner le tems de se former en trop grand nombre, il saut marcherfí roit à eux. C’est dans ces sortes d’affaires ou la cavalerie est d’un grand usagerà alT combattre autrement que l’on a coutume de faire; & pour l’obliger

sur p rid ° nner l’ancienne méthode, & la mettre dans là nécessité de s’abandonner

en nemi , fl faut réduire le cavalier à ne se servir que de l’épée, & lui- °~

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