, 4 t HISTOIRE DE POLYBE,
ter le mousqueton, pour ne charger qu’avec cette seule arme, qui fait son unique
avantage.
La cavalerie montera donc à cheval, & marchera à l’ennemi avec un grenadier encroupe, qui mettra pied à terre lorsqu'il en sera à une certaine portée, pour formerdes pelotons de cinquante grenadiers chacun, qui s’introduiront entre les espaces desescadrqns pour combattre avec eux. L'infanterie suivra en queue íur plusieurs colon-nes d’un bataillon chacune, fraisées de leurs pertuisannes, & tout ensemble chargera& joindra promtement ceux qui auront traversé en-deçà : car dès qu'on en est auxarmes blanches, non seulement le feu n’a plus lieu; mais il arrive encore que les trou-pes qui ont passé en-deçà perdent tout l'avantage de leur feu : car il n’y en a plus »faire dès l’instant qu’on est aux mains.
Je ne vois rien de plus admirable, de plus instructif & de plus digne d’un grandGénéral, que les réglemens de M. de Montécuculi, rapportez dans ses Mémoires deJa guerre contre les Turcs, pour se porter fur le Raab en i66q. pour disputer lepassage de cette rivière à l’armée Ottomane. Ces réglemens, qui regardoient la mar-che & la distribution des troupes Impériales, contribuèrent seuls au succès de cettegrande journée. On verra ici íì le principe des pelotons & les armes de longueur sontdes choses bien inutiles.
„ Le succès de la bataille, dit cet habile Guerrier (a) , fit toucher au doigt com-,, bien on avoit eu de raison d’entremêler les bataillons 8ç les escadrons, de couvrir„ les piquiers de mousquetaires, & les mousquetaires de piquiers, afìn de faire un,, feu continuel fans faire aucun mouvement, ( qu’on remarque bien cela, ) ” d’évo-„ lution ni de conversion, de disposer les gardes, les secours & les réserves de manié-„ re que ni les attaques feintes, ni les fausses alarmes, qu’on nous donna en effet en„ grand nombre, ne nous pussent tromper, & que nous fussions en état de repousser„ véritablement les attaques véritables. Revenons à notre íujet.
L’infanterie rangée en colonne, suivra de près la cavalerie. Si le nombre de ceu*qui ont gagné l’autre rive fe trouve trop fort, s’ils sont repoussez & culbutez dans larivière, on fe retirera promtement pour regagner le bord & se mettre à couvert del’épaulement, afin de revenir fur nouveaux frais, si l’ennemi fans fe rebuter retenteencore de paíïèr le gué. Plutarque me fournit un bel exemple , qui prouve assezcombien il est difficile de passer une rivière en présence d’une armée, pour peu dede courage, d’ordre & de conduite qu’elle fasse paroître.
Les Carthaginois étant passez en Sicile avec une flotte si nombreuse & en td appa-reil de guerre, qu’il y avoit soixante-dix mille hommes de débarquement, dans l’in-t.ention de chasser les Grecs de cette Ifle ; cette armée prodigieuse débarqua à Lily-béç, étant commandée par Asdrubal & Amilcar. " Cette nouvelle promtement por-„ tée à Syracuse, dit l'Auteur, " tous les Syracusains furent si consternez & si ef-,, fraiez de cette horrible, puissance, que de tant de milliers d’hommes qui étoient„ dans la ville, à peine s’en trouva-t-il trois mille qui osassent prendra les armes &„ suivre Timoleon; & que de quatre mille soldats mercenaires qu’il menoit avec lui,„ il y en eut encore mille qui perdirent courage en chemin, & qui s’en retoumé-„ rent, criant hautement que Timoleon avoir perdu le sens, & qu’il radottoit a-» vant l’âge., d’aller avec cinq mille hommes de pied & mille chevaux affronter„ une armée de soixante-dix mille hommes, & de mener encore cette poi-,, gnée de gens à huit grandes journées de Syracuse ; afin que s’ils étoient mis en
„ suite,
a) Mém. tle Montée, l. z. c. +1