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Tome V.
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1 44 HISTOIRE DE POLYBE,

„ taque des chars, & de prendre l'ennemi en flanc, fait serrer les premiers rangs de,, son batailon, bouclier contre bouclier, & ordonnant aux trompettes de sonner, il„ charge les Carthaginois avec furie. Les Carthaginois soutiennent le premier choc„ fans s’ébranler, parce qu’ils avoient de bonnes cuirasses & de bons casques, Sc qu ils„ étoient tout couverts de leurs boucliers, comme d’un rempart d’airain ; ils repouf-», sent facilement les traits, les javelines & les piques. Enfin on en vint à l’épée &„ aux coups de main, où l’adresse ne décide pas moins que la force. Les choses é-toient en ces termes, lorfqu’il s’éleva tout à coup un orage de pluie & de grêle, Scun vent impétueux qui donnoit à dos des Grecs & au visage des Carthaginois, quiles incommodoit extrêmement, & qui fut en partie la cause de leur malheur, outreli pesanteur de leurs armes, qui les rendoit comme immobiles: de sorte qu’ilsnepou-voient avancer ni reculer. Ajoutez à cela qu’ils combattoient dans un terrain peuferme , à cause des boues; ce qui leur ôtoit tout moien de combattre " avec l’agilité„ nécessaire, & donnoit aux Grecs la facilité de les renverser : quand ils étoient une», fois par terre, ils ne trouvoient aucun moien de se relever avec leurs armes dans des», bourbiers si glissans. Carie Crimére, déja grossi par la pluie, & encore plus en-,, flé par le nombre prodigieux de troupes qui le traversoient, s’étoit débordé consi-„ durablement, & la plaine qu'il inondoit avoir par tout des trous &des ravines rem-„ plis d’eau, qui ne courait pius : de sorte que les Carthaginois qui tomboient dans„ ces trous , ne s’en tiraient qu* après de grands efforts & avec beaucoup de„ peine.

.,, Enfin forage continuant toujours, les Grecs aiant renversé & taillé en pièces», quatre cens hommes, qui faisoient les premiers rangs de leur bataillon, tout le reste„ prit la fuite. On en tua quantité dans la plaine. Il y en eut plusieurs, qui en-„ traînez par l’impétuosité du fleuve & poussez contre ceux qui passoient encore, fu-,, rent engloutis, & le plus grand nombre qui cherchoit à gagner les coteaux, fut„ rattrapé par l'infanterie légére, qui en fit un grand carnage. De dix mille hom-», mes qui furent tuez dans ce combat, il y en eut trois mille de Carthaginois : car„ c’étoient les plus nobles, les plus riches & les plus braves de tous les combattans,„ & il n’y avoit point de mémoire que dans une feule bataille, il eût jamais péri un», si grand nombre de Carthaginois. Car dans toutes leurs guerres ils fe servoient de„ troupes Espagnoles, Nomades & de Eybie, & paioient pour ainsi dire toutes leurs», défaites du sang étranger.

Cet exemple de Timoleon prouve l’avantage de celui qui se défend au passage d'unerivière : car avec peu de monde il est en état de se défendre & de rechasser l’ennemien-delà de l’eau, & d’attendre qu’il ait passé le nombre d’ennemis qu’il lui plaît pourles attaquer & leur tomber fur le -corps. Il vaut mieux en attaquer peu que beau-coup , asin d’être plus assuré de la victoire. Cette action nous offre encore une cho-se remarquable, qui prouve assez ce que j'ai dit ailleurs, qu’il fàut choisir un beautems au passage d’une rivière: car la pluie qui vint à tomber fut la cause d’une sigrande perte; outre que ceux qui paílënt en foule la font regonfler, s’il survient un-orage pendant qu’on est après à la traverser & dans le tems qu’on en est aux mains, legué devient impratiquable, comme cela arriva aux Carthaginois. Mais ce sont descas inopinez que toute la prudence humaine ne íçauroit prévoir, & contre -lesquels lesGénéraux n’ont aucun fond de réserve pour s’en garantir » à moins que le tems ne me-nace de quelque grand orage, ou que la nécessite ne nous oblige de tenter le paílage,comme il est à croire que cela arriva au passage du Earo à la bataille de Fornoue en1095. car les Vénitiens s’étant liguez avec le Duc de Milan contre Charles VIII.qui revenoit de la conquête dq. Roiaumc de Naples avec une armée de six ou sept mil-