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Tome V.
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LIVRE IV. CHAP. XIV. 14 5

îe hommes, se postèrent sur le Taro pour lui couper la retraite au nombre de trente2 quarante mille hommes. Ce Prince se posta fur le boid de la ìiviere. Les liguez lap afférent en différens endroits, & l’attaquèrent en tête & en queue : de forte qu il futobligé de faire front de deux cotez dans un endroit affez refferre ; ce qui lui donnalieu de soutenir leur attaque, & de les battre à la fin d’une manieie íî complette,qu’une partie de cette armée fut taillée en pièces; mais comme il avoit extiaordinai-rement plu, la rivière groílìt si fort dans le tems qu’on en étoit aux mains, que leurfuite leur fut plus fatale que le combat : car il en périt un très-grand nombre, qui senoiérent dans la rivière.

II arrive quelquefois au passage d’une rivière, que le gué fe trouve si peu large & fiprofond, qu’on ne fçauroit guéres défiler en grand nombre ; outre que celui qui fedéfend se trouvant en forces 8 c en état de disputer vigoureusement le passage, il esttrès-difficile d’arriver en assez grand nombre à Vautre rive pour s y maintenir, ce quioblige quelquefois l’ennemi de se retrancher en-deíà. Je ne suppose point ici la mé-thode ordinaire, je propose ce qui me paroît le plus fort & le plus aise: car il est ra-re qu’on nous laisse remuer terre tranquillement, outre que ces fortes d ouvrages ne fefont pas en un instant.

La meilleure façon de se couvrir & de se mettre en état de soutenir une attaquelorsqu’on a passé, & de le faire avec peu de monde, est de se servir d’arbres coupez,c’est-à-dire en abattis ; mais comme on ne trouve pas ces fortes de choses par tout oul’on fe trouve , outre qu’il faut quelque tems pour. couper des arbres; on doit en fairebonne provision pour les passer de Vautre côté, 8 c couper ce qu’on trouvera en-dela.Je n expliquerai pas la maniéré dont il faut les ranger, l’aiant deja fait ailleurs, outreque la figure A. n’a pas besoin d’explication : on s’en couvre en ligne courbe ou trian-gulaire , & à mesure qu’il passe davantage de monde on étend la ligne & Von augmen-te le nombre des arbres, que Von garnira d’un feu d'infanterie & de canon.

Lorfqu’on prend un tel parti, il est certain qu’on embarasse extrêmement celui quise défend. Dans ces fortes d’affaires, il n’y a pas à délibérer: il faut attaquer fort oufoible avant que Vennemi se soit davantage fortifié, & qu’il ait passé un trop grandnombre de troupes. II n’en est pas d’un abattis comme des retranchemens .ordinaires,qui font peu capables de résister à un grand effort, & surtout dans les occasions oul’on n’a guéres le tems de les perfettioner & de les mettre hors d’insulte, & surtoutcontre un ennemi vigoureux & qui sçait prendre son parti. Il est même sort rareque le passage d’une rivière ne soit pas toujours Veffet d’un grand dessein. D’ailleursrien n’abat plus le courage & les espérances des troupes, que lorsqu’on est obligé detout abandonner; outre que la retraite n’est pas toujours aisée, & que la plupart descorps dispersez en différens endroits fe trouvent souvent coupez, lorsqu on a affaire àun ennemi vigilant & qui sçait profiter de ses avantages.

Le meilleur donc est de rassembler tout ce que Von a de troupes & de marcher al’ennemi avec du canon, & de l'attaquer dans l’ordre (4) , l’infanteriesur une ligne decolonnes (;) d’une section chacune, les compagnies de grenadiers ( 6 ) entre les dis-tances , avec des haches bien acérées comme celles des charpentiers, pour s en servir fe-l°n les occurrences avec des cordes, où l’on attachera des griffes de fer au bout pour}- es ìetter for les branches des arbres, pour tâcher de les tirer à foi & s’ouvrir un pas-La cavalerie (7) en seconde ligne fortifiée de ses pelotons (8) , st canon char-«tra T touche entre les ^stances des colonnes ; l’on attaquera de toutes parts stneutre * coups de pertuiíannes & de longues piques , pour atteindre s’il se

ranPsdT 1 ^ es ar ^ r£s ' comme il est très-possible: les grenadiers & les premiers£. es colonnes seront bien fournis de grenades, dont on accablera Vennemi.

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