,46 HISTOIRE DE POLYBE,
La défense de l’Adda en 17oj. par M. de Vendôme, que j’ai rapportée dans letroisième Tome page r; i. n’a pas été remarquée ni admirée autant qu’elle le mérite.J’ai lieu d’en être surpris, car c’est un des plus beaux endroits de la vie toute militai-re de ce grand homme; d'ou vient cela? Une action plus brillante * qui arriva deuxjours après, en doit-elle couvrir une autre plus digne d’estime, où tout ce qu’on peutimaginer d’intelligence & de conduite se trouve au degré le plus éminent ? Cela mesurprend.
Rien n’est plus favorable à celui qui attaque, lorsqu’il est assez heureux que derencontrer un gué dans un endroit où la rivière forme un coude ou un enfoncementconsidérable, & où celui qui se défend ne sçauroit s’engager fans être vu de front, deflanc, & souvent par ses derrières. Ces sortes de situations sinueuses fetrouvent partout dans les rivières. L’on peut alors passer ou jetter plusieurs ponts à son aise &fans rien craindre, comme cela arriva en 1684. au passage du Raab par les Turcs»qu’on appelle la journée de Saint Gothard. ” Sur les six heures du matin du premier„ d’Août, dit Montécuculi dans ses Mémoires,” le Vizir décendit au bord de la ri-„ viére avec toute son armée en bataille, dans un gué qui lui étoit favorable» & où„ l’eau, n’aiant que dix ou douze pas de large, serpentoit & formoit de son côté un„ angle rentrant qui lui étoit avantageux ; il y fit ses attaques & força le passage.
Lorfqu’il y a de certains endroits disposez de la sorte, il y a des mesures à prendrepour tirer l’ennemi de cet avantage, qui n’est pas si entier qu’on diroit bien : car lesdeux branches A B. du rentrant C. sont enfilées &■ vues encone par leur revers desdeux coudes D, de sorte que l’ennemi ne sçauroit y loger du canon & un feu d’in-fanterie pour favoriser le passage & se former dans le rentrant sens être exposé à tout lefeu de D; à moins que de se couvrir par des rideaux de blindes ou par de bonnes tra-verses , si celui qui se défend fçait profiter de son canon. D’ailleurs lorfqu’on craintd’être attaqué, quand même l’on n’auroit qu’un ou deux jours de tems, on peut é-lever de bonnes redoutes en E. fur le bord de l’eau, & qui enfilent les deux branchesA B, qui flanquent le gué P. ou les ponts G. Cela ne suffit pas pourtant : car l’en-nemi peut, malgré le désavantagé des deux branches, y apporter le remède dont j’aiparlé, marcher aux redoutes E » & les insulter l’épée à la main, s’il est"possible de lefaire, si elles sont bonnes & capables de contenir au moins cent cinquante hommes dedéfense avec du canon, palissadées fur berme, avec une palissade inclinée en dehors Lcinquante pas du fossé ou des arbres coupez.
Si celui qui attaque n’avoit que cet obstacle, il pourroità la finie surmonter ; maisje suppose ici que tout cela n’est pas soutenu d’un bon corps de troupes : car en mê-me tems qu’on travaille aux redoutes, & qu’on se couvre le long des bords dè la ri-vière , on doit tirer un épaulement courbe H. d’une redoute à l’autre » où la cavale-rie & l’infanterie puissent être à couvert du canon de l’ennemi. Je ne vois pas d’au-tre expédient pour rendre inutile l’avantage des sinuositez d’une rivière favorables àl’ennemi : car il n’est pas possible qu’il puisse traverser & se maintenir en-delà pour serendre maître de ces redoutes. Ajoutez l’épaulement courbe dont il saut essuier toutîe feu : que s’il n’y a pas de monde en assez grand nombre pour déboucher en bataillede la courbe, & pour attaquer ceux qui ont deja traversé, les deux redoutes sont 01*doivent être assez bonnes & assez bravement défendues pour donner le tems au*troupes plus éloignées de venir au secours» bien que je suppose qu’on ne puissepasser qu’à un seul ou deux endroits.
Il peut y avoir plusieurs sinuositez telles que je viens de représenter, éloignées se*
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* La bataille de Cajsanik-