LIVRE IV. CHAP. XV. iCj
„ qui voulut absolument sçavoir ce que les hiboux a voient dit: Sçachez, donc , ditle Vizir , qu un de ces hiboux a un fils , & l'autre me fille , qu ils parlent de marierensemble. Le père du fils a dit au père de la fille: frere , je consens à ce mariage , a
cette condition que vous 'signiez, cinquante villages ruinez, pour fia portion A cela le
f ère de la fille a répondu : au heu de cinquante , je lui en assignerai cinq cens , fi
Vins voulez.. Dieu donne bonne vie & longue au Sultan Mahmoud ! pendant qu il
régnera , nous ne manquerons pas de villages ruinez., ,, L Histoire .dit Q US lc Sultan„ fut si touché de cet apologue, qu’il fit rebâtir les villes, & les villages qui avoient„ été ruinez, & qu’il tâcha depuis ce tems-là de procurer le bien de son peuple.
,, Par la fable, dit encore M. le Clerc fort judicieusement , on nous dit ce que» nous devons faire, nous nous imaginons que c’est nous-mêmes qui nous avisonsde notre devoir, nous écoutons celui qui nous parle avec plaisir, ou nous lisonsr» un Auteur fabuliste comme un Historien, & nous regardons les instructions qui,, en naissent plutôt comme des conséquences que nous en tirons, que des aver-„ tissemens qu’il nous donne. Les exemples historiques font le même effet dans cer-tains arts & certaines sciences , & particulièrement dans celle de la guerre. Faut-ilêtre surpris après cela, si en expliquant le dogme je le prouve par les faitscommeje le pratique dans cet Ouvrage? Car l’on apprend par-là & la Guerre & 1 Histoire,du moins les endroits les plus à remarquer. Finissons ce Paragrafe par les exemplesque j’ai promis.
L’Empereur Ifac l’Ange aiant marché pour combattre les Valaques & les Comma-n es, qui s’étoient débordez fur les terres de l’Empire, où ils faisoient de tres-grandsdésordres, ne fit pas de grands progrès. C’étoient des montagnards vifs, agiles &alertes, qui alloient bravement au combat, lorsque les lieux leur étoient favorables,& fe retiroient dans les combats de pied ferme, où l’ordre pouvoit beaucoup, &revenoient ensuite pour attaquer dans la retraite. L’Empereur emploia deux moisdans cette expédition fans aucun effet; mais comme il eut quelques avis que les Scy-thes remuoient, il prit la résolution de se retirer & de s’en revenir.
,, Ne voulant pas s’en retourner par où il étoit venu , dit le Président Cousinj, (a), il prit un chemin plus court & plus agréable , au milieu de plusieurs va-Ions, ou il perdit une partie considérable de son armée, & où il courut grand" risque de périr lui-même. Au lieu de marcher par une campagne assez large, où
" si cavalerie pouvoit passer sort commodément, il s'engagea en des pas de mon-
»» tagnes, par où couloit un torrent. Manuel Camyze Protostrator, & Ifac Com-», néne, gendre d’Alexis, que nous verrons bientôt fur le trône, étoient à la tête ;„ Jean Ducas Sebastocrator, oncle de l’Empereur Ifac, étoit à la queue. L Empe-
» teur & son frère Sebastocrator étoient au milieu avec tout le bagage. II n’étoit
», que trop aisé de voir q Ue i es Barbares , qui étoient aux deux cotez du passage,» avoient envie de les attaquer. L’avantgarde paíîa lans en venir aux mains,& de-5 ’ van t que les Valaches fe fussent approchez du pas, qui d’ailleurs fe réfervoient de" charger le corps d'armée, où ils croioient que l’Empereur étoit avec ses princi*» paux Officiers. Lorfqu’il fe fut engagé si avant dans ce fâcheux passage , qu’il" ne pouvoit plus reculer, ils fondirent fur lui avec une impétuosité extrême. L’in-” í' ant erie Romaine fit bien son devoir pour n etre pas envelopee , & résista v ail -" am ment aux Barbares, qui ne pouvoient détendre du haut des rochers fans pèi-” ne . fans danger. Mais quand elle fe sentit accablée par des masses extraordi-
" naires de pierres, qui rouloient de la cime des montagnes, elle fut contrainte de lâ-
cher
(a) Hifi.de Constant, t. S . ch. 4. l'Emp. Ifac?Ange.