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l I v R E IV. CHAP. XVI. 177
V* k porte qui avoit été rompue ; & enfin les ennemis se réveillèrent comme la„ pluie finiísoit, & qu’il commençoic à fáire jour. II y avoit dans la ville une3y garnison de vingt-cinq mille hommes d’Annibal, & les habitans en faisoient trois,, mille ; mais en cette occasion les Carthaginois » qui craignoient quelque intellfo„ gence, les firent passer devant eux, & les opposèrent à l’ennemi, de peur qu’on„ ne les surprît par derrière. On combattit premièrement dans l’obseurité , &
„ dans des rues étroites, parce que les Romains s’étoient rendus maîtres non seu-„ lement des rues, mais aussi des maisons qui étoient plus proche de la porte,
„ afin qu’on ne pût les blesser d’en haut.” Les Arpiniens voiant les Romains dansla ville , se tournèrent de leur côté ; mais ils exigèrent auparavant qu’on laisseroitaller'ce qu’il y avoit de troupes Carthaginoises dans la place, ce que les Romainsleur accordèrent ; de peur qu’ils ne se joignissent avec ces premiers , qu’ils avoientreçûs dans leur ville : de forte qu’on leur ouvrit les portes pour joindre l’arméed’Annibal, qui étoit à Salapie.
J’ai traité sort amplement des escalades dans la défense des places des Anciensdans mon second Tome. Cette partie de la guerre étoit très-connue des Anciens,& ces sortes d’actions fort communes. Il est certain qu’elles étoient plus difficilesen ce tems-là qu’elles ne le scroient aujourd’hui, à cause de la hauteur des murail-les; ce qui fai/oit qu’ils les haussoient extraordinairement , outre qu’us prenoientdes précautions dans leur maniéré de se fortifier qui rendoient ces fortes d entre-prises très-difficiles & très-dangereuscs , comme on peut le voir dans la figure quej’ai donnée de leurs fortifications. Si dans ce tems-ci quelqu’un s’avisoit de met-tre les escalades à la mode, bien muni de hardiesse, de courage & d’intelligence, onverroit que nos fortifications n’opposeroient pas de sort grands obstacles. J’ai citedeux exemples de M. le Duc de Noailles dans mon troisième Tome page 25. Celuide Céthe est le plus remarquable, & digne d’un Capitaine hardi & entreprenant,& d’un homme d’esprit, cultivé admirablement par les sciences, grand avantage dansun homme de guerre, puisque celle des armes les renferme presque toutes. L’onauroit de la peine à le concevoir, fi mon sentiment n’étoit celui des Anciens &des Modernes, & de ceux mêmes qui ne sont pas guerriers car les plus grandsCapitaines ont été sçavans, & quelques-uns ont été regardez comme les plus uni-versels génies de leur siécle. S’il en falloit donner le catalogue, je serois peu em-barassé. Revenons à notre sujet.
Bien que ces sortes d’actsons soient très-rares de nos jours, j’ai lieu de m’cton-ner qu’on en ait aussi peu parlé qu’on a fait, tant il y a peu de gens qui sçachentestimer le mérite des choses. Qu’on se souvienne de cette maxime, qui est, je pen-se , de mon Auteur, qu’il y a peu de personnes qui entreprennent les choses diffi-ciles & tout-ì-fait extraordinaires; mais qu’il s’en trouve plusieurs qui suivent lechemin que les autres ont tenu. Or Philippe avoit une infinité d’exemples de pa-reilles entreprises , & qui touchoient même de fort près au tems ou il vivoit;aulieu que le Général moderne n’en voioit aucune de cette espèce que dans les temséloignez : car il donna l’escalade à Céthe dans le plein jour.
Tm. V.
§. II.