L I V R E V. C H A P. VI.
I/appuier à quelque village» ruisseau, ou à quelque chose, d’équivalent, & se re-trancher des deux cotez, ou couvrir seulement son aile lorsqu’on est pressé, d’unabattis d’arbres, comme je l’ai expliqué ailleurs ; ces sortes de cas ne font pas sortrares; mais il l’est beaucoup qu’on se poste ainsi. Les exemples d’armées attaquéesious le canon d’une place, ne font pas en fort grand nombre dans les Historiensmodernes. II s’en trouve pourtant quelques-uns, & s'il vous plaît dans le plein jour;ce qui me semble extrêmement hardi. Je me borne à deux qui sont remarquables.On fera bien aise, je m’assure, que je les rapporte ici pour la rareté du sait , &pour l’honneur des Généraux. Strada m’en fournit un dans son Livre V.
L’armée du Duc d’Alençon aiant eu du pire dans une rencontre contre celled’Alexandre Famése en 1582. & le Duc, craignant de trop s’engager s’il s’opiniâ-jtroit à tenir plus longtems la campagne, prit le parti de se retirer fous le canonde Gand, ou il se crut en sûreté. Le Général Espagnol ne jugea pas ce poste assezrespectable pour ne pas marcher à son ennemi, intimidé du succès précédent, quoi-qu’il fût informé qu'il avoit ajouté à un si grand avantage celui de s’être couvertd’une file de chariots attachez bout à bout fur tout le front de sa ligne. II occupaencore plusieurs moulins & quelques maisons, ou il jetta du monde, pour émouf-íèr le premier effort de l’armée Espagnole. Les maisons & les moulins furent at-taquez & emportez d’emblée ; mais il n’en fut pas de même aux chariots. LesEspagnols trouvèrent à qui parler, on les aborda avec toute Pardeur & le couragepossible; ils furent si bien reçus, qu’il ne fut pas possible d’y forcer le Duc d’A-lençon. Le Général Espagnol, après un combat très-long & très-obstiné,fut obli-gé de se retirer après avoir laissé un grand nombre de morts. L’Auteur dit quesi les ennemis n’eussent été couverts de ces chariots, ils enflent été infailliblementdéfaits. Je le crois bien,vu la supériorité des ennemis, & c’est excuser assez pitoia-blement son Héros que de raisonner de la sorte. Cela prouve seulement qu’unearmée peut être attaquée & battue sous le canon d’une place de guerre ; mais voiciun fait tout récent qui le prouve beaucoup mieux. C’est un des plus remarquablesde notre tems.
Comme Donawert étoit un poste d’une extrême importance , & dont la priselaissoit la Bavière toute à découvert à l’armée des Alliez contre la France,on jugeaque les ennemis n’oublieroient rien pour s’en rendre les maîtres. M. le Duc de Ba-vière ne trouva pas d’autre expédient que d’y envoler un puissant corps de troupesd'environ quinze à seize mille hommes, commandez par le Maréchal d’Arco, avecordre de se retrancher en diligence depuis la montagne de Schelemberg jufqu’auprèsà, la ville. M y lord Marlborrough forma le dessein de nous chasser de ce poste ,c etoit un coup qu’il falloit faire à cause de son importance, & pour donner de laréputation a ses armes : car tout dépend des commencemens. Il se met en marchele 2. Juillet de 1 année 1704. L trois heures du matin,à la tête d’un détachementde six mille hommes d infanterie, composé de l’élite de ses troupes, outre trois ba-taillons de grenadiers de troupes Impériales & trente escadrons, avec ordre au restede l’armée de suivre en diligence sous les ordres du Prince Louis de Bade. Onapproche de la rivière de Werntz, ou ce détachement jetta un pont pour le passagede cette rivière, & faciliter celui de l’armée. Les mauvais chemins & la longueurd e la marche furent cause que le détachement ne put passer la riviere que vers les* r °h heures après midi,de forte que le gros de l’armée arriva au moment que Mi-or ^uc de Marlborrough venoit de traverser le Werntz. Bien que le corps qu’il£°™ man d°it ne fût pas capable d’engager une si grande entreprise que celle de íor-un camp retranché, cela n’empêcha pas ce Général de s’approcher des retranche-
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