248 HISTOIRE DE POLYBE,
par le fer Sc par le feu. Cela surprendroit, s’il ne s’étoit pas trouvé des Princesplus tyrans & plus cruels que celui-ci. Les Egyptiens profitant du privilège qu’ilsavoient de donner auílì leurs épithétes aux Princes régnans, appellérent celui-ci Ka-li ergé te , ou malfaisant. Pourquoi pas plutôt le cruel? II est impossible qu’il n’yait toujours quelque chose de bon dans les plus médians hommes. M. Vaillantnous le produit comme un Prince sçavant, & qui plus est Auteur de quelques Com-mentaires. Il aima, dit-il, les gens de Lettres & les Philosophes, & fous son regrieles Sciences fleurirent extrêmement. 11 régna vingt-neuf ans. M. Jacques Bernard ,qui a donné un très-bon Extrait du Livre de M. Vaillant, & dont je me fers fansle copier, auroit dû inférer dans l’Article d’Evergéte II. le teins de son régné, qu’ildonne dans celui de son frère Philomator.
Evergéte II. étant mort , laissa un Testament par lequel il partageoit l’autoritéRoiale à fa femme, & à celui de ses deux fils qu’elle voudroit choisir. La Reineauroit volontiers préféré le cadet à P aîné, mais le peuple ne lui laissa pas le pouvoird’opter entre ces deux Princes. Elle fut contrainte de choisir l’aîné. Celui-ci atfoitété relégué dans Tille de Cypre avec Cléopâtre, nièce d’Evergéte II. Mais avantque ce Prince se rendit en Egypte pour prendre possession du Roiaume, la Reineavoir stipulé qu’il quìtteroit Cléopâtre sa plus jeune sœur, qu’il avoir épousée, &
qu’il aimoit très-tendrement. II fallut se résoudre à une si cruelle séparation, &
laitier cette pauvre Princesse dans son exil. Voilà un beau sujet de Poème drama-tique. Ce Prince étant arrivé à Alexandrie, monta sur le trône conjointement avecsa mère. 11 sut le huitième Ptolémée qui voulut qu’on ajoutât à ce nom-là celuide 8oter II. & les Alexandrins usant de leur privilège ordinaire, Tappellérent La-thiure d'un mot Grec, dit T Auteur, qui signifie une espèce de petite fève , parce
qu’il lui en étoit sorti une au visage. Qui auroit cru que ce Prince pût retour-
ner encore en Cypre ? Cela arriva pourtant : car après dix ans de régné, il fut chassépar son frère Alexandre, qui en régna dix-neus. Celui-ci voulant régner seul, sedéfit bravement de sa mère. Ceux d’Alexandrie furent saisis d’un parricide si épou-vantable , ils rappellérent Paîné de Cypre, où il régnoit. Etant remonté fur le trô-ne, il Toccupa encore sept ans après son rappel.
Soter II. n’eut apparemment qu’une fille nommée Bérénice qui lui succéda, &qui ne régna que six mois. Les Romains étoient tellement les maîtres en ce tems-là, qu’ils ne T étoient pas moins de T Egypte que d’un pais conquis. Us avoient ap-paremment en otage à Rome le fils de Ptolémée Alexandre. Sylla, qui s’étoit em-paré de toute Pautorité de la République fous le nom de Dictateur perpétuel, dumoins il se mit sur ce pied, envoia en Egypte Alexandre , qui prit le nom dePtolémée Alexandre II. auquel il fit épouser Bérénice sa cousine, qui monta sur letrône conjointement avec lui par ce mariage. Les Egyptiens lui firent épouser vo-lontiers leur Reine, qu’Alexandre ne garda que dix-neuf jours, soit par haine, oUparce que cette Princesse l’incommodoit un peu trop sur le trône. U la fit donçmourir comme les autres avoient fait leur mère : ç’eût été le mieux du monde sice Prince en fût demeuré là ; mais se voiant seul le maître, il crut pouvoir se lais-ser aller à ses passions, & à toutes sortes d’insolences & de crimes. 11 falloit qujflen eût commis un grand nombre, & des plus énormes, puisqu’au témoignage d’Ap'pien ses peuples s’en défirent si promtement après un régné de dix-neuf jours, #ce témoignage se trouve encore appuíé par celui de Porphyre. „ Mais , dit M-Jacques Bernard, „ ces Auteurs se sont trompez en cet endroit, & ont confond"„ la mort de Bérénice avec celle de son époux, comme .l’a fait voir M. Baudelotdans son Histoire de Ptolémée le Fluteur ,■ & ce scavant homme a raison.
NoUS