i 7 t HISTOIRE DE POLYBE,
„ de l’autre que de 1a largeur du fleuve ; l’envie de se sauver fermoir les yeu*„ fur la rapidité du Tigre,& fur la difficulté de la traverser. Ne sçachant où ils„ en étoient, & occupez uniquement de la conservation de leur vie, ils se jettoient„ eux-mêmes dans le fleuve. Ils y jettoient auíîi les chevaux & les équipages,,, comme si le fleuve par je ne sçais qu’elle providence eût dû compatir à leur>, peine, & les transporter sans péril de l’autre côté.” Mais ce qu’il y a de plusextraordinaire, c’est que Xénéte fans être si fou fit voir, lorsqu’il sut en-delà dufleuve, & par conséquent hors de péril avec un bon reste d'armée, capable d’empê-cher Molon de passer en-delà, de profiter de fa victoire & de palier en-deçà ; il fitvoir, dis-je , que la peur dont on revient aisément dès lors qu’on est délivré desplus grands périls, n’étoit pas éteinte dans lui non plus que dans le reste des Gé-néraux de son armée, que les uns & les autres en avoient encore de reste pour met-tre le comble à leur déshonneur, à leur honte & au malheur de leur Maître; ils nese contentèrent pas d’abandonner les bords du Tigre , qu’on ne pouvoir traverserque sur un pont ou par stratagème , mais après avoir lâchement abandonné le se-cond camp, dont le victorieux se rendit le maître , la peur leur troubla tellementle jugement, que Zeuxis & Diomédon , au lieu de tenir bon dans Séleucie, quiétoit une place importante & la clef de la frontière ; ils abandonnèrent cette for-teresse, où Molon entra fans aucune résistance. Xénéte ne fait pas seulement voirpar sa conduite qu’il est un mauvais Général, mais qu’il est encore plus lâche quele dernier goujat de son armée. II devoir sé sauver , je l’avoue , lorsqu’il se vitsurpris, & son ai mée en déroute ; mais devoit-il tout abandonner ? Quel étrangeesset de la peur dans un Général d’armée, qui ne devroit pas en faire paraître dansles plus grands revers de fortune, & surtout lorsque le mal n’est pas fansremede:mais l’expérience ne fait que trop voir, comme je l’ai dit quelque part, & la rai-son en est évidente, vû que ce qui surprend étonne de telle sorte, qu’il ôte sou-vent les moiens de s’y opposer. Finissons ce paragraffe par un passage de Mon-tagne fur cette étrange & insensée passion. „ Tant de gens : dit-il (a), qui de l’im-„ patience des pointures de la peur, se sont noiez & précipitez, nous ont bien ap-,, pris quelle est encore plus importune & plus insuportabîe que la mort. Les Grecs„ en reconnoissoient une autre espece , qui est, outre l’erreur de notre discours,„ disoient-ils íânsJtause apparente & d’une impulsion céleste,des peuples entierss’en„ voient souvent frapez, & des armées entières. Telle fut celle qui apporta à Car-,» thage une merveilleuse désolation. On n’y oioit que cris, & voix effraiées : ost„ voioit les habitans sortir de leurs maisons comme à l’alarme,& se charger,blesser,,, & entretuer les uns les autres, comme si ce fussent ennemis qui vinssent occupes„ leur ville. Tout y étoit en désordre & en fureur, jusqu’à ce que par oraisons„ & sacrifices, ils eussent appaisé l’ire des Dieux. Ils nomment cela terreurs pasti'„ ques.
Les grands courages se laissent quelquefois entraîner à la première impressionla peur dans les périls les plus grands, & ce qui la produit quelquefois, c’est lors'qu’elle devient générale , & que les Chefs n’en sont point éxempts, & prennessouvent leur parti, mais comme ils sont plus susceptibles de honte que de crainte»celle-ci s’évanouit aussi subitement que l’autre. A peine l’ennemi a vû leurs talon 5 ,qu’il voit leurs visages, & les trouve plus mauvais que s’ils n’avoient point bovS sde leur place. Us ne voient plus le péril. Comme on demandoit à un brave,d* cSenéque, comme il avoir pû sc tenir ferme dans son assiette dans un danger dosl £tous cherchoient à s’éloigmr, j’y étois trop avant embarqué, & trop violest' n,e " t
(a) Mont. I. i. c, 17',