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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XII. 175

mort étoit juste; mais elle fut suspecte aux Courtisans, quoique la crain-te les retînt dans le silence.

Antiochus vint à l’Eusrate, & y aiant pris les troupes qui l’y atten-doient, il partit pour Antioche dans la Mygdonie, ouil entra au com-mencement de l’niver, & y resta pendant quarante jours en attendantque le grand froid fût passé. Au bout de ce teins il alla à Liba, & ytint conseil, pour sçavoir comment & d’où l’on tirerait les provisionsde l’armée, Sc quelle route on tiendrait pour aller dans la Babylonie,

, où étoit alors Molon. Hermias fut d’avis qu’on marchât le long duTigre, l’armée couverte d’un côté par le Tigre, & de l’autre par leLyque & le Câpre. Zeuxis aiant encore la mort d’Epigéne préíènte,craignoit de dire son sentiment; cependant comme l’avis qu’avoit ou-vert Hermias étoit visiblement pernicieux, il hazarda de conseillerqu’il falloit passer le Tigre , alléguant que la route le long de cêfleuve étoit difficile ; qu’après avoir fait assez de chemin, après a-Voir marché pendant six jours dans le désert , on ne pour-vois éviter de passer par la Fossé roiale; que les ennemis s’en étantemparez les premiers, il ferait impossible de passer outre ; qu’on nepourrait, fans danger évident de périr, retourner fur ses pas par le dé-sert , parce que l’armée n’y aurait pas dequoi subsister ; qu’au contrai-re, si l’on paíîòit le Tigre, les Apolloniates rentreraient infaillible-ment dans leur devoir ; qu’ils ne s’en étoient écartez, pour obéir àMolon, que par crainte & par nécessité : que ce pais étant gras Sc fer-tile, l’armée y trouverait des vivres en abondance; que surtout on fer-merait à Molon tous les chemins pour retourner dans la Médie; qu’onlui couperait tous les vivres; & que par conséquent on le forcerait d’envenir à une bataille, qu’il ne pourrait refuser, fans que ses troupes nese jettassent aussitôt dans le parti du Roi.

Ce sentiment aiant prévalu, on divisa l’armée en trois corps verstrois endroits du fleuve, & on y fit passer des troupes & le bagage.Ensuite on alla à Dure. Un Officier de Molon affiégeoit cette ville.Il ne fallut que se montrer pour lui faire lever le siège. On marcha en-suite sans discontinuer, & après huit jours de marche on franchit l’O-rique, & on arriva à Ápollonie. Molon averti de l’arrivée du Roi,ne crut pas devoir s’en fier à la fidélité des peuples de la Susiane & dela Babylonie, dont il avoit fait la conquête depuis si peu de tems, &avec tant de rapidité : craignant d’ailleurs qu’on ne lui coupât les che-mins de la Médie, & comptant fur le nombre de ses frondeurs appel-ez Cyrtiens, il prit le parti de jetter un pont fur le Tigre pour y fai-re passer son Armée, & s’aller loger, s’il étoit possible, fur les mon-tagnes de l’Apolloniatide avant Antiochus. H marcha fans relâche &endilige nce . mais à peine touchoit-il aux postes qu’il s’étoit destinez,que les armez à la légére du Roi, qui étoit parti d’Apollonie avec son

armée,