Band 
Tome V.
Seite
284
JPEG-Download
 

184 histoire de polybe,

auxiliaires (9) (10) tant cavalerie qu’infanterie, doivent avoir été jettées fur les ai-les de la cavalerie. L’Auteur ne dit pas íi cette infanterie étoit armée pesamment ouà la légére; je panche fort à croire que c’étoit des archers & des frondeurs: ce qui mefait penser de la forte, c’est que Molon plaça la sienne à ses deux pointes. Je ran-ge cette infanterie par pelotons (11). Voilà l’ordre fur lequel Antiochus combattitcontre Molon, celui-ci fe rangea de la même forte, après être sorti de son camp avecpeu d’efpérance de vaincre, comme il est assez ordinaire à des Chefs de rebelles, quin’ont d’autre bût dans leur révolte que leur ambition ou leurs intérêts.

U partagea si cavalerie (u) fur ces deux ailes, l’infanterie faifoit le centre, appa-remment les Gaulois (ï 3) flanquoient la droite de cette infanterie, le reste des pesam-ment armez ou phalangistes (14) s’étendoit jufqu’à Vautre aile de cavalerie. 11 jetta fesarmez à la légére de toute efpéce (ij) fur les deux pointes de si cavalerie, pour lesopposer à ceux d’Antiochus, „ & les chariots armez de íaulx (1 6) surent mis à la,, première ligne à certaine distance de l’armée.

Comme Polybe ne nous dit jamais, par une négligence peu pardonnable à unguerrier habile & éclairé tel qu'il est , si les ailes de part & d’autre, dans la des-cription des batailles qu’il rapporte, étoient appuiées à quelque ruisseau, marais, bois,village, ou à quelque autre chose d’équivalent, je ne siurois dire si les deux arméesétoient appuiées à quelques endroits. U y a toute forte d'apparence que leurs ailesétoient en Vair, puisqu’Antiochus cherchoit à enveloper & à doubler celles de Mo-lon. II falloit donc que celui-ci fût plus foible, & par conséquent déborde: car d Ureste l’Historienne nous apprend pas le nombre des troupes des deux armées. Peut-êtrel’ignoroit-il. Cela importe beaucoup moins aux Lecteurs, quedefçavoir certainescirconstances capitales à l'égard des ailes : car le nombre fait beaucoup dans une plaine,lorsque les ailes de part & d’autre ne font appuiées à rien, & qu’on ne voit pas parle détail du combat que les ailes de Molon aient été surpassées & doublées par celles del’armée roiale. Polybe néglige presque toujours de nous instruire de ces sortes dechoses. Nos Historiens font plus exacts là-dessus, du moins les militaires quinous ont donné leurs Mémoires. C’est le péché originel des anciens Historiens,tant Grecs que Latins ; ils n’y tombent pas toujours, mais le plus souvent. LesAuteurs sacrez, Hérodote, Thucydide, Xénophon, Tite-Live ne sont pas exemtsde ce défaut, & César lui-même en bien des endroits de fes Commentaires n’est pasfans quelque reproche, bien qu’il eût une attention extraordinaire à fes ailes, parcequ’il étoit toujours le plus foible, & qu’il eût besoin de s’y couvrir pour sauver fesflancs & n’être pas débordé.

Les Auteurs dont je viens de parler, & particulièrement les Grecs, & Polybebeaucoup plus que les autres, l’emportent fur les Modernes dans la description des ba-tailles. Ils ne négligent aucune des circonstances qui peuvent nous donner quelqueinstruction. Ils entrent dans la description la plus exacte des deux champs de batail'le, & de la nature des lieux ou l’on a combattu, la disposition des deux armées, bdistribution de chaque arme, le poste des Généraux & celui des nations différentesdont les armées des deux partis sont composées, les mouvemens, les évolutions gé-nérales ou de quelque corps en particulier ; tout cela est fort bien, & du devoird’un Historien militaire qui fçait son métier; mais ils manquent le plus souvent dansdans ce que je leur reproche à Végard des ailes. En voilà assez pour ce Paragrafe*Passons à quelques réflexions fur cette bataille, & fur quelques autres matières qui nenous paraissent pas inutiles.