LIVRE V. CHAP. XII.
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§. II.
Réflexions fur les motifs qui font agir les Chefs des guerres civiles.
U Ne disposition égale dans les deux armées, comme dans le courage & la va-leur des troupes, & la même égalité dans le terrain ne nous permet pas deraiionner beaucoup fur une bataille, & d’en tirer de grandes instructions : car lors-que les choses fe trouvent dans cet état , & que chacun marche devant soi pour
s’aborder réciproquement, le plus brave l’emporte, ou le plus malheureux est battu,ou le hazard s’en mêle, lorsque la ruse & le stratagème ou quelque finesse de l’artn’est pas emploié de la part de quelqu’un des Chefs. Je remarque une égale condui-te de la part de ceux-ci, & rien que de fort médiocre dans les deux ordres. Je nesçai si Molon n’étoit pas plus capable de vaincre que son ennemi, quoique victo-rieux: il battit pleinement l’aîle qui lui étoit opposée. Lorsqu’un Général joue àtout perdre ou à tout gagner, il se possède beaucoup plus qu’un autre qui ne ris-que pas le tout, & qui compte fur de grandes ressources s il perd la bataille; au lieuqu’un rebelle se relève rarement des grandes disgrâces, tout l’abandonne, & surtoutdans une guerre qui n’a pour fondement que l’ambition d’un seul homme, & l’in—térêt de ceux qui ont embrassé son parti. Les misérables ou les gens fans honneur,& les vagabonds qui les suivent, ne tiennent qu’autant que la fortune leur est favo-rable. Je suis persuadé que Molon prit de son côté tout ce qu’il avoit de troupes& d’Officiers dont la fidélité lui étoit connue , assuré que s’il venoit à vaincre deson côté, ceux dont la fidélité lui étoit suspecte changeroient peut-être le desseinqu ils avoient de l’abandonner & de se ranger du côté du parti du Roi. U ne vain-quit pas assez tôt à son aile, ou peut-être la partie étoit déja liée & concertée delongue main. C’est le malheur ordinaire dans les guerres civiles, chacun fuit le par-ti où il trouve le mieux son compte, chacun se vend & se livre au plus offrant,c’est un encan secret. Il n’appartient qu’aux Ministres habiles & éclairez de le fai-re, & ce sont toujours ceux qui n’épargnent point l’argent, qui sçavent le répan-dre à propos, & gagner des gens qui peuvent leur être utiles. On ne doit pas femettre en peine, dit un Politique dont le nom m'est échapé, si la somme peut êtreinutilement dépensée , parce qu’en certaines conjonctures il vaut mieux risquer deperdre quelque chose que de ne rien faire pour rompre une intrigue, ou détruireun parti capable de causer un grand mal, ou de produire une révolution dont onauroit de la peine à voir la fin. C’étoit la maxime dTIermias. Il paroi t visible-ment par ce que dit Polybe, que la plupart des Généraux ou des Officiers les plusdistinguez des rebelles avoient fait leurs conditions avec le Roi. Si leurs intentionsavoient été pures & exemtes de toute ambition à de tout intérêt, il y auroit de-quoi les louer, & surtout s’ils eussent pris ce parti en toute autre occasion que celled’une bataille rangée.
Je ne nie pas que ce ne soit un grand crime de paraître les armes à la main con-lTe son Souverain légitime; mais il fera toujours plus honnête & plus généreux dec hoisir un tout autre tems, pour les mettre bas. S’il est criminel, encore une fois,prendre les armes contre son Prince, & même contre un mauvais Prince, injustetyran, on agrave encore plus l’infamie, & l’on fe couvre d’une honte & d’un^ e pns éternel ^lorsqu’on joint à la trahison & à la perfidie une véritable lâcheté :
S en est une lorsqu’on attend le tems d’un combat pour passer dans 1e bon ou le
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