150 HISTOIRE DE POLYBE,
les postes bons ou mauvais ne íçauroient s’y reconnoître, les ruisseaux, les rivières,les guez, les hauteurs telles qu’elles sont fur les lieux, les défilez, les endroits cou-verts, toutes ces choses n’y peuvent être représentées dans l’exactitude militaire. Ona peu de bonnes Cartes. Je me fuis assez expliqué là-dessus, & l’on ne fçauroittrop le répéter. Il semble qu’il dépend des Princes d’en avoir. Tous ne s’embaraf-sent pas de ces sortes de dépenses, ou s’ils s’y engagent ils y sont souvent trompez,parce qu’on ne choisit pas toujours des gens capables de les dresser & de faire desobservations fur chaque partie de la frontière d’une lieue à l’autre, & c’est un défaut& une négligence dont on ne sçauroit trop blâmer ceux qui íè mêlent quelquefoisd’en faire. I)'ailleurs ils sont si mal récompensez, & on leur en marque si peu degré, qu’ils se découragent. Cette mauvaise politique sait que ceux qui sont le pluscapables d’en faire, & qui en ont le plus d’envie, volant qu’il n’y a aucune récom-pense à attendre, n’ont garde de se donner tant de peine pour rien. II y a lieu d’êtreétonné qu’on ne mette pas tous ses foins, & qu’on n’emploie pas d’habiles Offi-ciers pour avoir de bonnes Cartes des frontières, quoiqu’il en puisse coûter, & dedeux lieues des environs des places, pour être au fait des dissérens endroits par oùelles peuvent être secourues au cas de siège. Je préféré à toutes les Cartes du mon-de les itinéraires militaires, c’est-à-dire des Mémoires du pais raisonnez, & chaquepartie du pais marquée fur la Carte par des lettres numérales, & que le Mémoireexplique. J’en ai quelques-uns d’une partie des Pyrénées, & j’ai presque achevé cequi manquoit. En 1719. je donnai à 1 a Cour les environs de Saint-Omer de prèsde deux lieues à la ronde. La méthode que j'ai suivie ne laisse, si je ne me trom-pe, rien à desirer; mais la plus importante piéce est la Carte & les Mémoires desplaces frontières depuis Dunkerque & Calais jusqu’à la Meuse. Tout cela peut ser-vir de modèle; mais il n’y a qu’un homme de guerre, & même d’une expérienceconsommée, qui soit capable de ces sortes de choses. Ce ne sont pas seulement leschemins, mais encore la situation du païs, les lieux de campemens, les divers postes,les défilez &: leur largeur, les rivières, les ruisseaux, leur largeur, leur profondeur,les guez, la nature du fond, la hauteur des bords, les maisons qui sont à la cam-pagne, si elles sont bonnes ou mauvaises, les villages, les Eglises & leurs Cimetiè-res, les montagnes, leur hauteur, si la pente en est rude ou aisée, les champs clos,les ravins, les fossez, si le païs est couvert en certains endroits, la nature des plaines,les lieux de fourrage, la distance d’un lieu à un autre , le nombre des chemins furun front d’une lieue & de lieue en lieue fur les deux lignes de communication, & sil'on peut prendre les travers champs pour aller en avant 011 en arriére, & cela re-garde les marches. Je ne sinirois point si je voulois entrer dans le détail d’une ex-actitude militaire pour faire ces sortes de Cartes par écrit, les seules dont on peut selervir pour régler l’état de la guerre, & former là-dessus le plan d’un projet de cam-pagne. Les Anciens se servoient de cette méthode; mais je ne sçai s’ils décendoienfdans tous ces détails. S’il faut en juger par l’itinéraire, qu’on appelle d'Antonio,parce qu’il fut fait par l’ordre de cet Empereur, ces sortes de pièces géographiquesne pou voient être d’aucune ressource aux Généraux d’armées. On y marque tousles grands chemins de l’Empire, & les stations des armées Romaines , ou plutôtles lieux d’étapes dressées dans tout l’Empire comme aujourd’hui en France. Cesitinéraires que je propose sont d’une importance d’autant plus grande , qu’il n’estguéres possible qu’on puisse sûrement régler l’état de 1 a guerre dans le Cabinet d’u-ne maniéré bien certaine : car lorsqu’on est lur les lieux & à la présence des objets,on trouve bien du mécompte, & l’on ne sçait ou l’on en est. Faute de ces pièceson consulte ies gens du' païs , ou l’on envoie des Officiers. II íaudroit que ce
fussent