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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XII. zg^

« combattre de pied ferme, ces derniers donnèrent une bataille auprès de Warío-„ vie, & furent défaits, & les premiers se ruinèrent eux-mèmes par leurs courses.”

Cet exemple suffit pour nous faire comprendre, íì l’on y médite bien, l’Ouvra-ge De conftitucndo fiat » bell't de Frontin ; mais on le comprendra mieux dans un pas-sage du Testament politique du Cardinal de Richelieu, qui est un Ouvrage-ex-cellent, de quelque main qu'il nous vienne. Je vais l'insérer ici, tant il me paroîtjudicieux & instructif „ En matière d’Etat, dit L'yíntear, il est plus important„ de considérer l’avenir que le présent, & il est des maux comme des ennemisd'un,, Etat, au-devant defquels il vaut mieux s’avancer que de se réserver à les chasser„ après leur arrivée.

,, C’est une chose ordinaire aux esprits communs de se contenter de pousser le„ tems avec l’épaule, & d'aimer mieux conserver leur aise un mois durant , que de,, s’en priver de ce peu de tems pour se garantir du trouble de plusieurs années„ qu’ils ne considèrent pas, parce q u'ils ne voient que ce qui est présent, & n’anti-„ cípent pas le tems par une sage prévoiance.

„ Ceux qui vivent au jour la journée vivent heureusement pour eux ; mais on vit„ malheureusement sous leur conduite.

„ Qui prévoit de loin ne fait rien par précipitation, puisqu’il y pense de bonne„ heure, & il est difficile de mal faire lorsqu’on y a pensé auparavant.

,, Il y a certaines occasions où il n’est pas permis de délibérer, parce que la na-„ ture des affaires ne le permet pas. Mais dans celles qui ne font pas de ce genre,„ le plus sûr est de prendre du tems, & de récompenser par la sagesse de l'exécus-„ tion le délai qu’on prend pour la mieux résoudre.

„ II saut dormir comme le lion, sans fermer les yeux , qu’on doit avoir conti-,, nuellement ouverts pour prévoir les moindres inconvénicns qui peuvent arriver.

Toutes ces maximes, qui ont toutes rapport au sujet que je traite, sont admira-bles, & d’un homme consommé dans la politique. Pour peu qu’on soit versé dansla lecture des anciens Historiens, comme Thucydide & Polybe, f car Tite-Live atout tiré de ce dernier, ) on verra que les modernes ont dérobé toutes ces belles sen-tences à ces deux ou trois Auteurs. Mais comme tous les hommes ne pensent pasdifféremment, il se peut que la grande expérience du Cardinal de Richelieu dans lapolitique lui ait fait imaginer cette foule de maximes dont son Testament est rempli.R dit beaucoup ici, mais il n approfondit pas.

Lorsqu’on veut entreprendre une guerre, & qu’on est au moment ci’y entrer,les préparatifs ne doivent pas uniquement nous occuper, comme cela arrive aux géniesmédiocres, qui s’imaginent qu’il n’y a que cela à faire: ces sortes de choses regar-dent pour ainsi dire le pur méchanisme de la guerre. Cela s’appc-lle la dispositionpar rapport aux forces ou aux moicns, & c'est par rapport à ces forces qu’on régiepue partie de ses desseins, & qu’on forme ses projets. II y a quelque chose de plusimportant & de plus grave pour les former sûrement pour le succès d’une campagne :il faut connoître avec toute l’exactitude possible l’état & la situation de fa frontièretomme celle de Pennemi, & k ligne de communication parallèle que celui-ci peutprendre, comme celle que l’on prendra. Cela peut aisément se voir dans les meilleu-rs Cartes; mais ce n’est pas dequoi il importe le plus cl’être instruit pour bien & sû-rement régler l’état de la guerre : il saut avoir une connoissance parfaite du p a ï S oùon veut porter k guerre, ou se porter pour le défendre. Quelque exacte, quelqueure qu e f 0 j t unS Carte, un Général d’armée y trouvera très-peu de sûreté pour lesopérations d’une campagne, & le Conseil ne sçauroit guéres sonder un projet de dé-e pe ou d’attaque sur du papier; c’est autre chose sur les lieux. Les campement,

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