HMSTOIRE DE POLYBE,
„ avec ordre de traiter avec les Carthaginois, & de recevoir les garnisons. Les Car-„ thaginois furent fort aises de prendre possession du pars sans coup férir, & partagé-„ rent en différentes garnisons la plupart de leurs troupes. Quand Denis vit leurs pluss, grandes forces dissipées par tous ces détachemens, il attaqua ce qui restoit ensem-3 > ble & remporta la victoire.
Il faut d’ailleurs dans un projet de campagne offensive digéré & raisonné dans leCabinet, ne pas moins considérer ce que l’on veut faire, & le dresser fur un plan quipuisse nous assurer le succès de nos entreprises, que supposer à l’ennemi une habiletéégale pour s’y opposer, afin de chercher tous les détours & les moiens nécessaires pourrendre ses mesures inutiles. II faut voir pour cela, si occupant un tel polie, l’enne-mi, qui ne sçauroit en prendre un tel autre pour nous faire front, & couvrir un telpoint de se frontière, ne fournira pas l’occasion de le combattre ou de le pénétrer parquelque mouvement avantageux qui puisse lui faire perdre se ligne de communication& le réduire à l’abandonner. Le plus court dans une guerre offensive, est de cher-cher l’occasion de combattre l’ennemi & de s’engager à une action générale, parce quetout dépend des commencemens à la guerre. On doit toujours 1a commencer par u-ne action de grand éclat. Que si l’ennemi incline ù combattre, il faut aller au-devantplutôt que de l’attendre : que s’il évite un engagement, il faut le pousser à quelqueprix que ce soit : car un siège est très-difficile lorsqu’on ne le sait pas ensuite d’unegrande victoire, ou d’un avantage considérable. Il faut observer toutes ces chosesIoríqu’on régie l’état de la guerre, & que l’on établir son plan avant que de la com-mencer : car lorsqu’on a médité à loisir sur ce qu’on s’est résolu de faire, & sur ceque l’ennemi peut raisonnablement opposer, on vient à bout de ses desseins.
Le Cardinal de Richelieu avoit-il bien réglé & formé son plan de campagne de 1 6 .dans la guerre contre l’Lfpagne dans les Païs-Bas? Cette campagne fut des plus fâ-cheuses. Il semble qu’il prit mal ses mesures avec les Hollandois, & qu’il ignora& les forces des ennemis, qui nous étoient supérieurs de plus de 1a moitié , &
leurs desseins par rapport à ces forces & l’état des places de notre frontière de Pi-cardie, où il n’y en avoir pas une feule qui fût en état de défense. Elles étoienttoutes dépourvues de toutes les munitions nécessaires pour un siège. Cela est àpeine concevable dans un Ministre aussi vigilant & aussi éclairé qu’il l’étoit, Ace fut une espèce de merveille comment l’armée Espagnole ne marcha pas droit àParis après la prise de la Capelle, du Catele-t & de Corbie, le passade de la Som-me. II entreprit cette guerre contre l’Espagne lorsque ces villes frontières n étoientsas en état de se défendre , dit Montrésor dans ses Mémoires, qu'il n’y avoit pas d,'argentdans les coffres , er que les poudres & les autres choses manquaient.
,, Cette guerre qui devoir être préméditée longtems auparavant, dit le même Au-„ teur, fut une affaire résolue & déterminée en un jour ; afin que les préparatifs né-,, cessaires à la soutenir avec réputation ne manquassent point, & que le Roi eût de-„ quoi réparer promtement les disgrâces de la guerre, & dequoi porter ses armes a-„ vec éclat dans les Païs-Bas. Richelieu méprisa toutes les sages considérations qu’ur>„ habile Ministre auroit eues, & toutes les mesures qu’il auroit 1a prévoiance de pren-„ dre. Emporté par son impétuosité naturelle, ou plutôt par une fureur désespérée,j> ce fléau envoie de Dieu pour le châtiment des péchez des hommes, engagea k,, France dans une entreprise que lui seul étoit capable de former. Ne tient-il qu’3.dire cela? Ce fléau ne fut jamais que celui des ennemis de fa patrie, il n’étoit p aSinfaillible ; mais jamais Ministre n’a moins erré que ce grand homme. Ce qu’on app el J ecruauté en lui, me disoit il y a quelque tems un Seigneur du premier mérite, n’étoitautre chose qu’une sévérité. C’est à nette sévérité que la France est redevable de Ye&