V.
LIVRE
CHAP. XII.
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d’un seul point de frontière, sur lequel on régie l’etat de la guerre, mais de toute laligne. Quel travail ne faut-il pas, & quel tems pour être au fait & pour formerson plan de campagne? Tout cela sait voir combien il importe aux Princes de pro-fiter de la paix, qui nous donne le tems de dresser des Mémoires ou des Itinéraires dechaque frontière, des environs des places, & la ligne de communication de l’une &de l’autre frontière, du moins une marche, c’est-à-dire en-delà & en-deçàde la fron-tière ennemie, comme de la nôtre. Ceci ne sçauroit être trop répété.
C’est donc íur ces Mémoires qu’on régie la défensive, qu'on marque les postes lesplus importans, & ceux qu’on doit les premiers occuper avant que l’ennemi nous yprévienne; ce qui se sait dans le Conseil, & l’on dresse des Mémoires, fur lesquelsl’Officier Général qui doit commander l’armée, & quelques-uns des plus intelligensdoivent aller reconnoître, pour voir si ces Mémoires font conformes à la vérité, &si la vûe des objets ne fournira pas de nouvelles lumières pour changer dans le projetqu’on s’est résolu de suivre. On doit surtout considérer certains postes qui font tou-jours de grande importance, & qui peuvent changer l’état de la guerre, c’est-à-direen tournant une défensive réglée en offensive, car je ne sçai si on doit brider & con-traindre un Général, quoiqu’inférieur de beaucoup à son ennemi, au point de ne luipas laisser la liberté de profiter des occasions de défaire son ennemi, lorsque le pars luiest si avantageux qu’il peut combattre, attendre ou l’attaquer dans un défilé ou unetrouée, où le foible se trouve sur un front égal au plus fort, qui se voit obligé de seranger sur plusieurs lignes redoublées. J’ai fait voir démonstradvement dans plusieursendroits de cet Ouvrage, que la victoire dépend ordinairement de la défaite d’unepre-mière ligne, étant une chose sort rare que celle-ci n’améne pas le désordre & la con-fusion dans la seconde ; & quand même celle-ci rempîiroit celle qui la devance , jene trouve aucun exemple qu’une troisième ligne remplace la seconde, nos troupes nefont pas auísi disciplinées pour de semblables manœuvres que celles des Romains. Ceslieux resserrez, quand un Général y sçait attirer l’ennemi, ne peuvent lui être qued’un très-grand avantage, & il doit alors l’attaquer fans lui donner le tems de se re-connoître. J’ai donné Tordre de bataille proposé pour combattre dans ces sortes desituations dans mon Traité de la Colonne, chapitre IL page i.vi i. où le Lecteur ferafort bien de Texaminer. Le nombre n’a plus de lieu dans un défilé, & la victoiredépend de T excellence de Tordre fur celui de T ennemi, & de T élite des troupes d’unetête. Ce que je dis ici est un axiome militaire, contre lequel je ne crois pas que quique ce soit dispute, ni qu’on dispute encore sur l’autre que j’ai déja avancé, qu’onne doit pas régler l’état de la guerre fur la défensive, lorsqu’on est auísi sort que T en-nemi p car c’est risquer à tout perdre. Les soldats & les Officiers qui voient cetteconduite timide, se découragent & perdent toute la confiance qu’ils ont en leur Général;& lorsqu’ils s’apperçoivent qu’il persiste dans cette façon craintive.de faire la guerre, ilsen ont un tres-grand mépris; ce qui fait qu’ils lâchent le pied lorsqu’il ne peut plus s’en dé-dire, & qu’il est force de combattre malgré lui par quelque faux mouvement qu’il aurafait. II vaut mieux rejettes toute défensive réglée & suivie dans un Conseil, où Ton cher-che la maniéré de résister à T ennemi & de renverser tout son système de campagne,en disposant tout sur une défensive active, c’est-à-dire qu’il fuit fuir toute occasionde combattre, ou la supériorité du nombre peut beaucoup, & chercher celles où leP aís militera pour nous, comme je Tai dit, quoique nous aions fait assez voir par no-tre système que le petit nombre audacieux bien ordonné peut battre le grand ; : mais iln appartient pas aux Généraux médiocres de faire la guerre de la forte : & lorsqu’unnnce est assez heureux pour avoir des Généraux du premier ordre à son service, il n’agarde de les brider. Contre ceux-ci Dieu n’est pas toujours pour les gros escadrons.
P p a M.