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Tome V.
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5 oo HISTOIRE DE POLYBE,

M. de Turenne a fait voir mille sois que cette maxime étoit fausse, & elle l’est en ef-fet à F égard des grands Capitaines & des Officiers expérimentez.

U y a des armées qui font si souvent battues, soit par l’habileté des Générauxqu’elles ont en tête, soit par le nombre des ennemis, que les troupes intimidéesn'osent plus paraître : le P eu de capacité des Chefs y a souvent plus de part que lenombre. Un habile General peut etre auffi battu par un autre qui fera encore plushabile : car il n’est pas permis à un Capitaine médiocre de suivre constamment la rou-te qu’on s’est propofee dans le Cabinet. Les Fabius sont fort rares, & il a peu d’i-mitateurs. II fe trouvoit pourtant pour le plus grand bonheur des Romains, qu’ilétoit nécessaire pour leur salut de trouver un homme comme ce Dictateur. C’estpar cette voie, dit Montecuculi, que Fabius „ s’est acquis le nom de très-grand„ parmi les Capitaines: car on doit considérer cet homme dans un tems que tant„ de batailles perdues, tant de déroutes d’armées & tant de disgrâces avoient jettél’é-„ pouvante dans les cœurs des soldats & du peuple Romain. Les Romains ni leursarmées n'avoient pas dégénéré , c’étoit toujours les mêmes hommes & les mêmes ver-tus ; mais c’est que leurs Généraux n’avoient ni les talens ni le mérite de ceux de lapremière guerre Punique, outre qu’il n’y avoit aucune tête dans le Sénat.

Vercingentorix étoit fans difficulté un grand Capitaine, il reconnut qu’il ne l’étoitpas contre César. Ce Capitaine sut Fauteur de la révolte générale des Gaules contreles Romains. Cette guerre, après celle d’Afranius, est tout ce qu’il y a de plus ad-mirable & de plus beau dans les Commentaires de César. Avouons que ce n’est pasun des moins beaux endroits de ses Commentaires, autant dans fa façon de l’écrireen vrai Guerrier, que dans la sagesse & la profondeur de sa conduite: car le Ro-main n’avoit pas affaire à un Génétal médiocre, mais à un excellent Chef de guerre.C’étoit l’être beaucoup que de fçavoir résister à César, & le rouler de camp en camp& de poste en poste pendant une bonne partie de la campagne : car il sçut le réduireaux dernières extrémitez. Ce célébré Chef d’une révolution si remarquable aiant exa-miné la cause des disgrâces, des défaites & des malheurs de fa patrie, réduite dans unhonteux esclavage, & la proie des Romains, l’attribua bien moins à la valeur de leurstroupes, aufqueíles celles de fa nation ne cédoient en rien à cet égard-là, qu’à l’ha-bileté de leur Général dans Fart de les faire combattre ; outre que leur discipline & laFaçon de leurs armes défensives plutôt que des offensives n’aidoient pas peu à leurs vic-toires. Sur ces observations, il résolut de régler l’état de la guerre sur des principestout différens de ceux qu’on avoit suivis jusqu’alors, quoiqu’ils répugnassent assez àl’humeur de la nation. Il avoit déj,a éprouvé par lui-même la nécessité de ce change-ment » il fut battu plusieurs fois.

,, Vercingentorix confus de tant de pertes, dit César (a) , assembla le Conseil, oh„ il représenta qu’il salloit faire la guerre tout autrement qu’on n’avoit fait par le passé„ & sans en venir à un combat général, se contenter de retrancher les vivres & les„ fourrages à l’ennemi; que cela ne leur serait pas difficile, étant les plus forts enca-,» valetie, vû l’incommodité de la saison, ou le fourrage n’étoit pas assez grand pour,, être coupé, les Romains seraient contraints de se répandre par tout pour en trou-„ ver; qu’il ne fàlloit pas craindre de racheter fa vie par la perte de son bien, & qu’on« devoit brûler tous les villages aux environs, & les villes qu’on ne pouvoit garder,ì\ pour ôter une rétraite aux lâches & aux timides, & des vivres à César; que l’ar-,, mée Gauloise n’en manquerait pas, aiant pour toi tout le païs, & qu’ainsi, ou„ ils affameraient les Romains, & que s’ils s’écartoient pour en chercher, ils leuren-

'*) D’Abîme . Cmm. de César. L 7.,