LIVRE V. CHAP. XIII.
me dont nous parlions tout à l’heure, Sc qui étoit de Seleucie, réfutatout ce que l’on avoit proposé Sc dit, qu’il n’étoit point raisonnableà voir tant de passion de conquérir la Cœlelyrie, tandis qu’on soufíroitque Ptolémée possédât Séleucie,la Capitale du Roiaume, le Temple pourainsi dire des Dieux Pénates de toute la Monarchie; qu’il étoit honteuxde laisser fous la puissance des Rois d’Egypte une ville, dant onpour-roit tirer de très-grands avantages dans les conjonctures présentes :que tant qu’elle resteroit aux ennemis, elle seroit un obstacle invinci-ble à tous les desseins qu’on avoit; qu’en quelque endroit qu’onvoulût porter la guerre, cette ville étoit à craindre; que l’on nedevoir pas moins longer à bien munir les places du Roiaume , qu’àfaire des préparatifs contre les ennemis: qu’en prenant Séleucie, cetteville étoit si heureusement située, que non feulement elle mettroit leRoiaume à couvert de toute insulte, mais qu’elle seroit d’un grand se-cours par mer Sc par terre, pour faire réussir les projets qu’on avoitformez. Tout le Conseil demeura d’accord de ce qu’avoit dit Apol-lophanes, Sc il fut résolu de commencer par le siège de Séleucie, oùdepuis que Ptolémée Evergéte irrité contre Séleucus l'avoit prise pourvenger la mort de Bérénice, il y avoit eu jusqu’alors garnison Egyp-tienne. Antiochus donna ordre à Diognéte Amiral d’y amener uneflore, Sc partant d’Apamée il vint camper à environ cinq stades de laville proche du Cirque; il envola aussi Théodore Hémiolien dans laCœlelyrie avec un corps de troupes pour s’emparer des défilez, Sc veil-ler fur ses intérêts.
Volons maintenant la situation de Séleucie , Sc la disposition deslieux d’alentour. Cette ville est située fur la mer entre la Cilicie & laPhénicie. Tout proche s’éléve une montagne d’une hauteur extraordi-naire, Sc qu’on appelle le Coryphée. Là du côté d’Occident se bri-sent les flots de la mer qui sépare Cypre de la Phénicie, Sc à l’Orientcette montagne domine toutes les terres d’Antioche Sc de Séleucie. Laville est au Midi de la montagne, dont elle est séparée par une valléeprofonde, Sc où l’on ne peut décendre qu’avec peine. Elle touche àla mer & en est presque toute environnée, la plûpart des bords sontdes précipices Sc des rochers affreux. Entre la mer Sc la ville font lesmarchez Sc le fauxbourg, qui est enfermé de fortes murailles : tout letour de la ville est aussi bien muré, Sc le dedans de la ville est orné deTemples Sc de maisons magnifiques. On ne peut y entrer du côté dela mer que par un escalier fait exprès. Non loin de la ville est l'em-bouchure de l’Oronte, qui prenant fa source vers le Liban & l’Antili-ban traverse la plaine d’Amyque, passe à Antioche, dont il emportetoutes les immondices, Sc vient se jetter dans la mer de Syrie pro-che de Séleucie.
Le Roi commença par faire offrir aux principaux de la ville del’argent
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