LIVRE V. CHAP. XIV. 31?
les du dehors du Roiaume. On envoioit pour en lever d’autres, &on amaíïòit des vivres tant pour les troupes que l’on avoir déja, quepour celles qui arrivoient de nouveau. Ils décendoient tour à tour de
Mem-
Journal de l’Empire, où se trouvoit l’état des ar-mées & le nombre des Joldats Romains & étran-gers. Les Egyptiens eux-mêmes ne prirent quefort tard des ioldaïs 8c des Officiers étrangers áleur solde. Les Grecs les appelloient étrangerssoudoiez, pour les distinguer des troupes natio-nales. L’ancienne milice des Rois 8c des Répu-bliques de l’Asie, fit des Grecs mêmes, étoittoute compoíëe des propres sujets des Puiíîàncesqui étoient en guerre, je crois que ce ne futqu’après l’expédition de Brennus qu’on vit dessoldats mercenaires en Aíie, parce qu’une par-tie des troupes innombrables de ce Général,qui se répandirent comme un torrent qui em-porte tout, en Orient comme en Occident, oùiis firent de grandes conquêtes, rétablirent dansla Thracc 8c fur les bords du Danube, 8c occu-pèrent une partie du pais au-delà de l’Hclespont,£t comme ils multiplièrent beaucoup, ils se (net-toient à la solde des Puiflànces qui étoient enguerre. Je pense que les Gaulois ont été lespremiers qui aient fait métier de la guerre , 8cvendu leur vie pour de l’argent. Les Egyptiensn’ont eu que fort tard des étrangers à leur ser-vice. On ne voit pas que les Medes , les Perses& les Hébreux s’en soient servis dans les armées.Je ne trouve que les Syriens fous le régne de Da-vid 8c dans le second Livre des Rois qui imitas-sent les Gaulois de l’Afie. Cela se voit dans la ba-taille de Medaba, que Joab remporta fur les Am-monites, qui firent lever à leurs dépens vingtmille hommes de pied Syriens, qui n’avoientque faire dans cette guerre, 8c quais joignirentaux troupes de leur nation. Sur ce pied-là lesSyriens seroient les premiers qui se seroient ven-dus 8c fait tuer pour l’intérêt des Puiíîànces quipaioient le mieux.
Les plus grands hommes anciens 8c modernes,je parle ici des hommes d’Etat comme des plusgrands Guerriers, n’ont jamais fait grand cas destroupes étrangères, bien que les Vénitiens se ser-vent de ces sortes de gens plutôt que de leurspropres sujets : que s’il s’en font bien trouvezjusqu’ici, par une espèce de prodige, du moinsfans aucune révolte considérable, cela ne prouvepas qu’ils ne puissent éprouver quelque jour unsort semblable à celui des Carthaginois après laPremière Punique, par la rébellion des soldats é-trangei s qu’ils avoient à leur solde, qui les rédui-sirent aux dernieres extrémitez, 8c ce rf étoit pas’ a première fois que cela leur étoit arrivé. Cequ’il y eut de plus fâcheux ,c'est que leurs arméesn etant composées que de mercenaires, qui a-Voient les meilleures places entre leurs mains, ilss emparèrent de la Sardaigne 8c la vendirent auxRomains, comme ils firent de toutes les autres
provinces en Afrique. de forte que les Carthagi-nois se virent to..t d’un coup réduits à leur seuleCapitale : encore se trouvèrent ils bloquez par cessoldats rebelles) 8c quand il n’y auroit que ce seuldanger à courre, ce seroit encore beaucoup; cequi me persuade qu’il n’y a rien de plus contraireà la bonne politique 8c à la prudence , que dene se servir que de troupes étrangères dont la fi-délité n’est pas toujours fort aíîûrée. L’on re-marque d’ailleurs qu’ils ne sont pas plus bravesque les propres sujets des Princes qu’ils servent »lorsque ces derniers sont bien disciplinez : carceux-ci ont plus de raison de bien faire que n’enont les autres. On n’a pas vû que les Suisses duterns de François I. aient mieux fait que ses pro-pres sujets, outre qu’il leur est arrivé quelquefoisde se mutiner 8c de refuser le combat. Depuisce tems-là on n’a rien vû de semblable. C’est detoutes les nations la plus sage 8c la plus fidèle > 8cdont les mœurs approchent plus des terns anti-ques. En général les soldats mercenaires coûtentbeaucoup plus, 8c n’observent pas mieux ìa dis-cipline militaire; ils désertent facilement loríqu’ilscraignent d’avoir affaire contre ceux de leur na-tion, ou qui leur sont alliez. Si fando avauti labattaglia, dit Francisco Patrizi(a), non vuole iread ajjalto , conbatte qutmdo vuole , tradifee chì lasaga , vende lui e le fortezze , all'appresentarfi ilnemico Jì diserdina , diford'mara fugge , pajsa al ne-mìco. C’elt presque k tout le fruit qu’on tire deces sortes de troupes, dit l’Auteur Italien , quiécrivoit en 158;.
je ne lis aucun Auteur de l’antiquité qui nesoit contraire au sentiment de la plupart, qui nese servent que de troupes étrangères dans leursarmées. Les Romains ont éprouvé peu après lamort de Tibère, 8c même pendant la régne decet Empereur, que les légions Romaines compo-sées prelque toutes de citoiens Romains ou deleurs sujets d’italiequi jouilïòient du même avan-tage, dégénérèrent peu à peu de leur anciennevertu, 8c íe corrompirent lorsqu’elles ne furentplus recrutées de ces mêmes soldats, mais deceux qu’on lévoit dans les Gaules 8c en Asie; desorte que n’y aiant plus le même esprit ni le mê-me zélé, quoique les soldats fussent tous sujetsde l’Empire, la discipline militaire s’énerva , 8ctira peu à peu à là décadence , 8c le mépris qu’ilsfuioient de leurs Empereurs qui ne faifoient plusla guerre que par leurs Lieutenins, acheva de lesperdre. Tout cela joint ensemble engendra ladésobéissance, 8c delà ils passèrent à la mutinerie8c à la révolte, il n’y eût plus qu’un seul pas à tai-re ; ce qui fit le même effet que 11 toutes les
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(a) Partdieli milit. di Franc. Tatr,iz.i cap. 6 -