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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XV. 55J

au défilé d’efttre la mer Sc le tnont Liban, quoiqu’il eût occupé les hauteurs quidominoient fur le paflâge, & qu’il s’y fut merrse retranché. Mais ce n’étoit pasassez que de fortifier le haut, il falloit retrancha - le bas. Ii mit donc son uniqueressource dans k valeur de ses troupes en cet endroit-là. Antiochus, qui s’en ap-perçut, ne comptant pas moins fur le nombre & fur le courage des siennes, pritrésolution d’attaquer le défilé & les hauteurs où les Egyptiens s’étoient postez ;mais comme ii craignoit que la ilote Egyptienne qui longeoit la côte ne prit sestroupes en flanc à ìa faveur des machines, il ordonna à fa flore d’attaquer celle de-Ptolémée. L’entreprife étoit grande , il faut V avouer ; mais ce que je trouve deplus remarquable en ceci, c’est que je ne vois nul exemple dans l’Histoire d’un évé-nement semblable, ou du moins je ne m’en souviens pas, & je soupçonne en ceciquelque mauvais tour de ma mémoire. Quoiqu’il en soit, je ne vois rien desemblable, deux grandes batailles de mer & de terre tout en même tems , & deuxcombats fur les hauteurs des montagnes. Antiochus, qui craignoit que Nicolas neprît le parti de fe retrancher au défilé comme fur les hauteurs qui le dominoient ,vit bien qu’il falloit fe hâter pour ne pas lui donner le tems de fe reconnòître ;outre qu’avant que de rien engager, & surtout dans un pais de defilez & de hautesmontagnes, il est besoin d’une grande connoissance des lieux. Car il y a des cho-ses, dit Tite-Live après mon Auteur, fur lesquelles on ne peut prendre des réso-lutions certaines, fi on ne les voit soi-même. Ce n’est pas assez que de reconnoîtrcpar où il faut aller à l’ennemì, il faut encore observer la disposition de ses troupes& la nature du terrain qu’il occupe : car les endroits difficiles qui nous conduisentau poste qu’il défend, & par où il faut nécessairement passer pour le joindre, de-viennent quelquefois le vrai champ de bataille; il faut donc y marcher avec beau-coup de précaution & comme si on y devoit être attaqué, comme cela est quelque-fois arrivé, & ce stratagème n’est pas des plus mauvais.

Antiochus, tout jeune qu’il étoit, fe comporta en grand Capitaine en cette occa-sion. 11 s'avance avec la plus grande partie de son armée pour voir à l’œil ce qu’ilfalloit faire, & c’est ce que tout Général doit pratiquer, & non pas former ses des-seins fur le rapport des autres, autant que cela dépend d’eux. Ce Prince aiant re-connu toute cette disposition des ennemis , & tous les endroits qui pouvoient l’ymener, fe résolut de forcer îe passage des montagnes,& s’avança de ce côté-là avecune partie de fes troupes, je ne puis comprendre le narré de Polybe , car enfintoute l’armée Egyptienne occupoit le passage d’entre le mont Liban & la mer, &les hauteurs les plus avantageuses pour en empêcher l’entrée, & cependant il ne prendque ce qu’il avoir de légèrement armez, & laisse ce qu’il avoir de meilleures trou-pes. Ce choix m'embarasse un peu, il faut que je l’avoue. Je crois qu’il y a fauteau texte, qu’Antiochus ne laissa dans son camp qu’une partie de fes pesamment ar-mez , & qu’il marcha aux ennemis avec la plus grande partie de fes forces & ce qu’ilavoit de meilleures troupes: car cette journée est très-mémorabîe. On peut jugerpar la description des lieux que l’Auteur fait, de la difficulté de cette entreprise,Le de la hardiesse qu’il falloit pour attaquer une armée postée aussi avantageuse-ment qu’étoit celle de Ptolémée : car le plus grand effort devoit fe faire dans ledéfilé entre la mer & le mont Liban. Nicolas occupoit ce passage, aiant à fa droite(z) une hauteur rude & escarpée, qui ne laisse , 1 e long de la mer, où il avoit ap-puié sa gauche. C?), qu’un passage fort étroit. II s’étoit encore saisi des hauteurs(4) qui pouvoient dominer le passage, ou qui en laissoient un par le haut , Scfortifié d’autres (.5 ) qui pouvoient être de quelque avantage à l’ennemî.

Antiochus aiant reconnu cette disposition, fe régla là-deíìus pour la disposition