134 HISTOIRE DE POLYBE,
,, secrètement leurs places de munitions de guerre ; & qu’au lieu de satisfaire le
„ Roi, ils se mettoient en état de se défendre en cas qu’il les attaquât,il en don-„ na avis au Roi, qui résolut sur le champ de se faire justice lui-même , puis-„ qu’on refusoit de la lui rendre ; & comme il avoit une armée toute prête, il fit,, marcher le Comte de Valois, qui étant entré dans la Guienne, la prit presquetoute, pour ne s’être pas amusé à de vaines négociations, qui de tous les stratagè-mes de politique font les plus puissans, & ceux dont les Princes & les Ministresles plus éclairez fe fervent lorfqu’ils ne fe sentent pas les plus forts.
§. I I.
Réflexions fur les deux Combats de mer & de terre. Ordre de bataille pour celui qui
fe donna fur terre.
I L importoit extrêmement ì Ptolémée de conserver les places maritimes qui resto-ient encore dans la basse Syrie, le salut de l’Egypte en dépendoit absolument.Antiochus en connoissoit parfaitement i’importance & la nécessité qu’il y avoit des'en rendre le maître, autant pour s’ouvrir un passage dans l’Egypte & y porter laguerre,que pour la subsistance de son armée, qu’il ne pouvoit tirer que de la mer.C’est à quoi il saut premièrement penser avant que d’établir l’état de la guerre,c’est-à-dire la maniéré de la faire: car le pa'is en-deçà est impratiquable, ce ne sontque des déserts fans eau, fans bois & fans fourrages ; mais pour réussir dans une sigrande entreprise, il lui íalloit une armée navale, & forcer les passages 8c les défilezde montagnes du mont Liban.
Sosibe, qui jugea de ses desseins par la nature du païs, prévit bien que l’ennemiporterait toutes ses forces du côté des montagnes pour être plus près de 6 store.Il y fit marcher son armée commandée par Nicolas, qui fe saisit de tous les défi-lez & des pas du mont Liban, par où il falloit nécessairement qu’Antiochus passâtpour fe rendre maître des places de la côte qui pouvoient assurer son entrée enEgypte & fa subsistance. Les deux armées ne pouvoient tirer leurs vivres que dela mer, & Antiochus moins commodément, de forte que le succès de la guerre desdeux cotez dépendoit d'une bataille navale.
L’intérêt d’Antiochus étoit de combattre fur mer & fur terre tout en mêmetems,il sentit bien que cela ne pouvoit être autrement, par les postes où Nicolas s’étoitétabli, pour l’empêcher de pénétrer dans l’Egypte par les détroits entre la mer & lemont Liban, qui lui en ouvrait l'entrée. Il n’en étoit pas de même de Ptolé-mée, il devoir fe tenir fur la défensive, 8c l’avantage des lieux lui étoit extrême-ment favorable, mais je ne fcai s’il lui étoit aussi aisé d’éyiter un combat de mer. Jepense qu’il le pouvoit, & c’est ce qu’il eût dû faire, parce que par la perte d’uncbataille navale il se voioit obligé d’abandonner le seul passage par où il pouvoit en-trer en Egypte. Antiochus n’ignorait pas ces choses, il fe vit donc réduit dans lanécessité de donner deux batailles dans un même jour par mer & par terre. J1 s’vdétermina pour n’en pas faire à deux fois, persuadé qu’il ne faut point différerdans les entreprises difficiles, & surtout lorsque le retardement est plus dangereuxque l’exécution.
Il paraît par le récit de Polybe, que l’armée de Ptolémée avoit prévenu de peude jours celle du Roi de Syrie; ce qui fit qu’il ne réfléchit pas assez fur la na-ture de son poste, & q.u’il ne se précautionna pas autant que la chose le méritoit
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