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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XV. 537

une expérience consommée. C’est beaucoup d’avoir agi par les lumières des autres, &par conséquent Phonneur de cette victoire lui doit être attribué.

Les païs de montagnes obligent souvent un Général d’armée, qui se poste dans ti-ne vallée pour en défendre l’entrée, d’occuper différens postes, car il ne faut pas moinsgarder le haut que le bas. Nicolas se vit dans cette nécessité, Sc il paroît même qu’ilne pouvoir communiquer avec les troupes qui étoient postées fur les hauteurs, à cau-se de l’âpreté des rochers : ou s’il le pouvoir, ce n’étoit que par de long détours; cequi arrive assez ordinairement, & ce que j’ai remarqué plusieurs fois dans les Alpes:c'est une chose a observer lorsqu’on attaque l’ennemi ainsi divisé & posté : car lors-qu’on garde le bas & le passage le plus considérable, on doit présumer qu’on n’occu-peroit pas le haut , qui domine fur le bas, s’il n’y avoir quelque passage, qui pûtnous conduire dans la vallée ou des chemins qui peuvent nous mener à un autre, oudu moins croire qu’en nous en rendant les maîtres nous aurions l’avantage des hauteursfur l’ennemi, qui occupe le bas du défilé.

Un Général qui observe tout cela, ne doit pas moins attaquer le haut en mêmetems que le bas, non seulement dans le dessein d’occuper l'ennemi par tout, mais en-core de crainte qu’en attaquant un seul endroit, ceux des autres postes ne nous atta-quent nous-mêmes & ne tombent fur notre flanc ou fur nos derrières dans le tems quel'affaire se trouvera tout-à-sait engagée ailleurs. Ainsi l’on doit plutôt donner deuxou trois combats qu’un seul, car il est difficile qu’on ne pénétre pas en un en-droit tandis qu’on est repoussé à l'autre: au lieu qu’en attaquant par un seul, si l’onse trouve repoussé, on perd l’envie de tenter aux autres, qui se défendront d’autantmieux qu’ils seront animez par l’avantage des premiers. Il y a beaucoup d’apparencequ’Antiochus agit fur ce raisonnement, & il pensa en homme sage & de jugement.II trouva peu de résistance sur la hauteur, & le bas ne céda que par le peu de cou-rage des autres, mais cela n’empêche pas que Nicolas n’eût commis une très-lourdefaute : car il manqua aux précautions que la guerre nous enseigne à l'égard de sonposte , qui étoit le point capital & le seul endroit par où Antiochus pouvoit passerpour entrer dans l’Egypte; il eût donc dûs’y fortifier comme il avoir fait fur le haut:car puisqu’il eut le tems de songer à celui-ci, quoique le plus difficile, pourquoi né-gliger le bas ? Le dessein de Ptolémée étoit de commencer par aguerrir ses troupesaprès les avoir disciplinées, & pour cela une défensive étoit ce qui convenoit le plus.Leur faire voir l’ennemi , les accoutumer à de petits combats avant que de les em-barquer dans un général. On voit assez par tout ce que dit Polybe, que Sosibe enfort habile homme avoir ainsi réglé l’état de la guerre dans un païs très-propre pourcela. Or lorsqu’on suit une telle méthode, il ne saut penser à autre chose qu’à lapelle & à la pioche, & se retrancher par tout, & rien n’est plus aisé qu’un défilé &un endroit de montagnes. J’expliquerois ici cette méthode de se retrancher & de seranger dans l’attaque comme dans la défense, si je ne Pavois proposée dans le Tomeprécédent page 90.

On ne peut trop blâmer Nicolas, qui paroît un homme expérimenté & consommédans le métier, d’avoir négligé P endroit où il avoit le plus à craindre ,& d’avoir don-né son unique attention aux autres qui étoient assez forts par eux-mêmes, bien qu’ilsne sussent pas moins importans. On doit les rendre impratiquables à une attaque,s’il est possible de le faire, pour mettre son attention à l’endroit facile, afin qu’on nepuisse être insulté qu a-un seul endroit. Nicolas ne le fit pas: il auroit dû, commeJ ai dit, tirer une ligne depuis la mer jusqu’à la montagne, après avoir mis le hauthors de toute insulte, & cela se pratique lorsque les troupes qui l’occupent ne peu-vent être secourues du reste de P armée. S’il fondoit P espérance de la victoire fur

Tom. K y v r ses