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Tome V.
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;;8 histoire de polybe,

ses forces & fur P avantage de son poste, il fe trompoit, comme on se trompe tou-jours lorfqu’on se fonde uniquement fur cet avantage. Un ennemi hardi & en-treprenant, capable de tenter le plus fort comme le plus foible, malgré l'âpreté deslieux , franchit les hauteurs les plus difficiles à gravir lorsqu'il fçait qu’on peut ymonter. Ne voit-on pas tous les jours qu’on est emporté par le plus fort, & lemoins pratiquable, parce qu’on ne peut s’imaginer que l’ennemi ose tenter ces en-droits. Delà vient qu’on les garnit mal par l’avantage de la situation, & ce qu’ily a de plus fâcheux, c’est qu’on y met souvent le rebut d’une armée, ou ce quel’on a de moins redoutable , & qu’on en confie la défense à quelque Officier fur le-quel l’on compte moins que fur les autres. Sur cette opinion un habile Général nemanque pas de tenter ces endroits, & l’on voit rarement qu’il se trompe; ce stratagè-me est un des meilleurs qu’on puisse emploier à la guerre. L’on remarque, par milleexemples éclatans, que les plus habiles Généraux s’y trouvent souvent pris comme lesplus médiocres. II y en a un dans les Commentaires de César qui est d’une instructionadmirable dans la guerre d’Alexandrie, & c’est l’attaque célébré du camp de Ptoléméeaprès la jonction de l’armée de Mithridate de Pergame, avec celle de César. Maiscomme j’ai rapporté cet exemple quelque part dans les Tomes précédens, je ne le ré-péterai pas ici.

Toute cette assaire, que mon Auteur détaille en vrai Guerrier, en commençantpar la disposition des lieux, me sait juger que la raison pour laquelle Antiochus ymarcha avec peu de forces, venoit de la situation des lieux, & qu’il ne crut pas de-voir amener toutes ses forces dans des pais où le grand nombre fait moins que le petit bien

choisi, soit dans l’attaque ou la défense, ce qui doit nous apprendre qu’à l’égard dela guerre des montagnes, où il y a peu de passages à garder, une petite armée a autantd*avantage que les grandes, qui font obligées d’agir dans ces fortes de situations, oùl’on ne peut déploier toutes ses forces, de forte que le plus grand nombre demeure in-utile, & par-là un Général est toujours blâmable lorfqu’il juge de son ennemi plutôtpar Popinion qu’il a de ses forces que par le pais où il fait la guerre : tant il est vraique Popinion est la loi & la mesure de tout, & que la plupart des choses nous sem-blent grandes & redoutables plutôt par imagination que par esset.

Z. i.i r.

Combat Naval. Ordre qu on y observa.

N icolas étoit fans doute embarassé dans la situation où il fe trouvoit, aiant en mê-me tems deux combats ì soutenir sur terre & une bataille sur mer : car tout ce-la arriva en même tems; événement singulier & sort extraordinaire. 11 étoit très-dif-ficile que le Général Egyptien pût jamais éviter un combat de mer, s’il plaifoit àAntiochus d’en courre les risques ; & il lui importoit extrêmement de tenter égale-

ment fur mer & fur terre, de peur qu’en attaquant du côté du détroit d’entre le Li Jban & la mer, la flotte Egyptienne ne l’incommodât à ses flancs à coups de traits oude machines, & qu’elle ne prît même des revers fur lui. D’ailkurs il craignit qu’ententant seulement du côté de terre, & laissant P ennemi maître de la mer, il ne lui re-tranchât les vivres qu’il pouvoit tirer de fa ilote, qu’il n’avoit levée que pour qu’eflélui fournît les choses nécessaires pour fa marche en Egypte, & il ne pouvoit y entrers’il n’avoit la mer entièrement libre. Sur ces sages considérations, il ordonna d’atta-quer la flotte Egyptienne en même tems qu’il attaquerait les deux hauteurs & le dé-