544 HISTOIRE DE POLYBE,
syéris aiant tourné par leurs derrières & chargez brusquement, l’insau-terie encouragée ; quoiqu’elle eût été déja renversée, revint à la char-ge. Les Selgiens envelopez prennent la fuite. En même tems les Ped-nélissiens fondent fur ceux qui avoient été lailïèz au camp, 6c les endélogent. Les vaincus s’écartérent de côté 8c d’autre. II en resta aumoins dix mille fur la place. De ceux qui se sauvèrent, les alliez seretirèrent chez eux, Sc les Selgiens s’enfuírent par les montagnes dansleur patrie.
Garsyéris, qui étoit bien aise de passer les défilez, & d’approcherde Selge avant que les fuiards revenus de leur fraieur puisent l’arrêter& délibérer fur ce qu’ils auroient à faire, íè mit sor le champ à leurqueue, Sc arriva à Selge avec son armée. Les Selgiens ne pouvant pasespérer du secours de leurs alliez après leur dernière défaite, 8çeffraiezde l’échec qu’ils avoient reçu, commencèrent à craindre pour eux-mê-,mes Sc pour leur patrie. Ils convoquèrent une assemblée, où il fut ré-solu de députer un de leurs Citoiens à Garsyéris. Ils choisirent pourcela Logbasis. Cet homme avoit été longtems ami de cet Antiochusqui étoit mort en Thrace : Sc avoit élevé, comme fa propre fille Sc a-vec une tendresse extrême, Laodíce qui lui avoit été confiée, & quifut depuis femme d’Achée. Tout cela fit croire qu’on ne pouvoit dansla conjoncture présente faire une choix plus heureux. Logbasis entraen conférence avec Garsyéris ; mais loin de rendre service à sa patriecomme on attendoit de lui, il exhorta ce Général d’avertir au plutôtAchée, que Logbasis se chargeoit de lui livrer Selge. On ne pouvoitfaire à Garsyéris une proposition qui lui fût plus agréable. II envoiafur le champ à Achée pour lui apprendre ce qui se paílòit, & le fai-re venir. On sit une trêve avec les Selgiens, on recula la conclusiondu Traité, toujours quelque difficulté se présentoit en attendant Achée,& pour donner a Logbasis le loisir de conférer avec lui, Sc de prendredes mesures pour l’exëcution de son dessein.
Pendant qu’on aîloit & venoit pour cela, les soldats paslòient libre-ment du camp à la ville pour y prendre des vivres. On a éprouvé centSc cent fois combien cette liberté étoit funeste, cependant on n’y metpoint ordre. En vérité c’est mal à propos que l’homme passe pour leplus ruse de tous les animaux, il n’y en a point de plus facile à sur-prendre. Car combien de camps, combien de garnisons, combien degrandes villes sc sont perdues par cette liberté ? Cet malheur est arri-vé à une infinité des gens, des faits sont certains, 6c malgré cela noussommes toujours neufs fur ces sortes de surprises. La raison en estqu’on ne s’applique pas à connoître les malheurs où sont tombez, fautede certaines précautions, ceux qui nous ont précédez. On sc donnebeaucoup de peine, on fait de grandes dépenses pour amasser des vi-vres Sc de l’argent, pour élever des murailles, pour avoir des armes,