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Tome V.
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jj4 HISTOIRE DE POLYBE,

les motifs de cette action. Sut ce principe je dois reprendre les choses d*un peu ,haut, asm de faire connoître à mes Lecteurs ce qui oblige quelquefois les Géné-raux d’armées d’occuper certains postes, qui bien que mauvais & trop éloignez deleur camp, pour être soutenus, ou du moins secourus à tems, avant que T ennemi,ait celui de s’en rendre le maître par une attaque d'emblée , ne laissent p as quçd’avoir leur utilité. Les habiles Généraux n’ont garde de faire occuper ces fortesde postes fans de puissantes & fortes raisons, & fans en connoître l’importance : carloríque des choses ne nous mènent à rien d’avantageux, sinon qu’à faire perdre dumonde de part & d’autre, alors il y a plus à perdre qu’à gagner, quand même l'unou l’autre des deux partis seroit assuré du succès, à moins que ce ne fût à desseind’aguerrir nos troupes & de les accoutumer à voir l’ennemi ; ce qui ne peut êtreque louable dans un Général. Hors dans ce cas-là on ne doit défendre de postesperdus, que lorsqu’on veut se couvrir & avoir le large pour les fourrages ou pourles vivres, qu’on peut tirer d’une gauche ou d’une droite , ou pour tout autredessein.

M. le Prince Eugène n’eut gueres jamais de subsistance réglée dans fa guerred'Italie, elle étoit presque toute fondée sur ce qu’il pouvoir tirer du pais. Etantsouvent trop éloigné des places dont il auroit pu en tirer, il se trouva un peuembaraste dans son camp de Gavardo , ou il avoir appuié sa droite en 1705. IIavoir une assez grande étendue de païs pour le fourrage de cette aîle & pour sesvivres, dont il tiroir beaucoup des villages d’entre Brescia, & le canal qui est dé-rivé de la Chiésa au village même de Gavardo » & qui arrose tout le païs du

Bressan. Le Général de l’Empereur avoir un très-grand besoin de se conserver cetavantage, mais il en avoir un autre qu’il nous cachoit, & que ceux qui connois-soient ses véritables desseins n’ignoroient guéres : c’est fa marche fur l’Oglio pourpasser de là dans le Milanez, quoiqu’il en pût arriver , pour aller au secours duDuc de Savoie, oh devoir être le fort de la guerre, s’il eût réussi dans son en-treprise.

Il y avoir une assez grande caffine nommée la Bouline, à quinze ou vingt toi-ses en-delà d u canal, avec un pont de pierre vis-à-vis & une immense prairie en-tre le canal & la Chiésa, qui fournissoit de l’eau à ce canal, & tous les deux for-moient un angle, dont les branches s’écartoient fort , & laissoient un espace entreelles de plus dé cent toises du côté de la caffine jusqu’aux rochers, où nous avionsnotre gauche, du haut desquels on voioit toute la droite des ennemis, qui n’étoientéloignez de la caffine que d’environ quatre cens toises, & qui se trouvoit sur leurflanc. On voioit du haut la file de leurs fourrageurs, dont il y en avoir qui re-venoient fans fourrages. La raison de cela venoit d’un détachement de deux censmaîtres commandez par M. d’Usez, qui avoir passé le canal, & étoit tombé furune de leurs escortes, qu’il avoir poussée & battue , pendant qu’une compagniede grenadiers de la Vieille Marine , commandée par la Tour-Fraguier,qui avoitpassé le canal avec environ deux cens dragons commandez par le Chevalier deMeane, tomba fur la tête de leurs fourrageurs & de leur escorte, qu’elle mit endésordre: de sorte qu’une partie se jetta dans les montagnes, & les autres jettérentleurs trousses pour se sauver.

On voioit tout cela des hauteurs , où nous avions notre gauche, & où étoit M.îe Grand Prieur. Je lui dis que si nous occupions la caffine qui étoit en-delà ducanal, nous resserrerions tellement les ennemis à leur droite, que nous serions maî-tres des fourrages d’entre le canal & là montagne, qui serroit si fort en cet endroit,qu’il n’y avoit guéres plus de deux cens toises des rochers au canal, & tout cet en-droit