LIVRE V. CHAP. XVI. 5 H
íi II s’y étoit retranché le mieux qu’il avoir pû en barricadant les portes & les fe-,, nètres. Mais quelle résistance pouvoir faire une maison de bois contre une ar-„ mée entière de Barbares, & contre un feu continuel de grenades & de bombes ?„ Déja le retranchement & la maison étoit forcée de tous cotez , le toit tout en„ feu, d’où il tomboit des tisons embrasez ; lorsque le Colonel Rosen , justement„ allarmé pour la personne du Roi, ouvrit une fenêtre, & sautant dehors le pre-„ mier donna la main au Roi pour le suivre. Ce Prince avoir à peine touché à„ terre, qu’un Tartare lui appuiant son mousqueton contre la tête, l’alloit paiér,„ disoit-il, de ce qu’il avoir tué son frère , si le même Colonel, détournant le„ coup avec son épée, n’eût encore sauvé le Roi de ce danger. Enfin il n ’y avoir„ nulle apparence qu’il pût résister, étant réduit à quarante-deux hommes , & st„ alloit se faire maílàcrer en se jettant l’épée à la main au milieu du carnage,”(lorsque par une avanture qui ornerait parfaitement un roman, & qui est pourtantvéritable, ) ,, l’on vit arriver les ordies du Sultan. Ils etoient apportez par un ex™,, près qui accompagnoit l’Interprète de Sa Majesté ( Savari ) , st s défendoient„ toute violence contre le Roi de Suede, & réprimoient le Kam des Tartares. Les„ Janissaires les reçurent avec respect: , baisant le paquet ou ils étoient renfermez.„ Ils firent d’abord cesser toute hostilité, & se chargèrent de la personne du Roi,„ qui étoit si soible, fans pourtant avoir été blessé, mais pour n’avoir pris aucune„ nourriture depuis trois jours, qu’il tomba, à ce que quelques-uns disent,au pre-„ mier pas qu’il fit pour s’avancer vers eux.” Ces sortes de jeûnes lui étoient assezordinaires, autant pour s’accoutumer à la faim, disoit-il au Comte de la Marck,Ambassadeur de France, en ne mangeant que le quatrième jour , &r quelquefoispassant au-delà, comme j’en ai été le témoin moi-même, que pour s’empêcher degrossir comme son père & Gustave-Adolphe. Pour revenir à ce Guerrier célébré,& comparable aux plus grands de l’antiquité, s’il n'est au-dessus, ,, il fut conduit,, chez le Bacha de Bender, qui eut peine à dissimuler le chagrin que lui causoit
„ ce changement de scène. Cependant aiant reçu le Roi sur son sopha, où il le
„ pria de s’asseoir auprès de lui, ce Prince qui conservoit toute íà fierté & toute„ sa grandeur, même dans les plus fâcheux revers, lui donna une marque de mé-3 , pris fort sensible. Il s’étendit nonchalamment fur le sopha, leva une jambe juf-„ ques fur l’épaule du Bacha ; puis la retirant tout à coup, comme si ce mou-„ vement eût été involontaire, il lui déchira toute fa veste avec son éperon. Le„ Bacha régala le Roi à dîner; après quoi fa Majesté fut conduite à Andrinople,
„ où le Sultan lui assigna fa demeure pour quelque tems , & de là il fut transféré
,, au château de Demirtocca.”
Passons à un autre exemple qui n’est guéres moins remarquable, & que le Lec-teur ne fera pas fâché de trouver ici, à cause des instructions que les gens de guerreen peuvent tirer, & qui fait voir que dans certaines occasions l'ennemi n’est pasmaître d’un poste pour être dedans,tant qu’il y a du courage & (Ju jugement dansceux qui le défendent.
$. II.
'Description de la cassme de U Bouline , & la distribution des postes pour la défense.
T ’Ai toujours craque pour faire une narration complette d’une action extraordi-naire, il importait de joindre à ses circonstances celles qui l’ont précédée, &Tom. r. Y y les