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Tome V.
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z6r.

HISTOIRE DE POLYBE,

étoient séparez les uns des autres, n’aiant que dix-huit personnes avec lui. U a-bandonna la cour & occupa les chambres, ou il posta deux ou trois hommes àchacune, avec ordre de percer le plancher pour pouvoir tirer d'en haut fur ceuxqui entreroient dans les étages d’en bas. Et comme le Comte pouvoit donner dusecours à ses gens par l’écune, il s’y posta avec ce qui lui restoit de gens. IIn’eut que le terris qu'il falloit pour faire cette disposition, & un moment après lesPolonois l’attaquérent. Les portes d’en bas furent d’abord enfoncées; mais commele plancher étoit fort peu élevé, ceux d’en haut, pouvant leur appuier le bout dufusil fur les reins fans être vus, ne manquèrent pas de profiter de cet avantage.Les premiers entrez furent tuez fur la place ; les autres étonnez de ce meurtre,volant qu’il ne feroit pas meilleur pour eux s’ils s’avisolent de suivre leurs camara-des , & s’imaginant qu’il y avoit plus de monde en bas, quoiqu’il n’y eût per-sonne, qu’il n’y en avoit en haut, abandonnèrent cette attaque pour monter parles fenêtres des autres chambres, qu’ils voioient bien n’être pas gardées faute demonde, pour entrer de là dans les autres ; ce qui embarassa beaucoup le Comte deSaxe, qui ne pouvoit empêcher cette manœuvre. 11 les laissa faire, résolu de mon-ter & d’entrer dans ces chambres l’épée à la main avec ce qu’il avoit d’Officiers,& de tomber fur l’ennemi, qui ne s’attendoit pas à une sortie si sourde ,& surtoutau milieu d’une nuit obscure, où le courage tient lieu de nombre, & qu’on croittoujours plus grand qu’il n’est en effet.

Bien que le Comte eût été blessé d’un coup de feu au travers de la cuisse,cela ne l’empêcha pas d’agir & de fe jetter fur les ennemis, qui avoient dé j a rem-pli là première chambre. Ils furent surpris & chargez, & presque tous passez aufil de l’épée; les autres prirent le parti de fe jetter par les fenêtres. Les Polonoistentèrent encore une seconde fois l’avanture avec le même succès, ce qui les obli-gea de fe retirer. Ils fe contentèrent de bloquer la maison, & d'attendre le jourpour voir le parti qu’ils auroient à prendre. Le Comte jugea bien de leur dessein,& il avoit de grandes raisons de se tirer de leurs mains. M. Paschkoniski investitla maison par différens petits postes, & envoia en même tems un Officier sommerle Comte de Saxe, avec menace de le brûler, ainsi que le bourg. Celui-ci criaà l’Officier de se retirer; mais comme un de ses domestiques entendit qu’il y avoitbon quartier, & se mit en devoir de sortir par la fenêtre pour s’aller rendre , ilfe vit obligé, pour désespérer les affaires, de faire tuer l’Officier Polonois. L'en-nemi ne se rebutant pas, envoia un Dominicain pour faire une seconde sommation.

Il sut reçu comme l’Officier. Le Comte assembla ensuite tout ce qu’il avoit demonde, & leur dit que n’y aiant aucun quartier à attendre pour lui moins quepour les autres, il ne voioit point d’autre remède pour sauver leur vie que de sor-tir l’épée à la main, leurs troupes étant dispersées en différentes petites gardes & legros loin d’eux, outre la nuit qui étoit fort obscure, que le boisn’étant qu’àdeuxpas du bourg, leur retraite étoit assurée; que tout ce qu’il leur pouvoit arriverétoit de tomber dans une de leurs gardes, qu’ils ne pouvoient manquer de surpren-dre & de charger l’épée à la main sans délibérer. Cette proposition étonna quel-ques-uns, & fut goûtée des autres. On se met en devoir de sortir au nombrede- quatorze hommes. On rencontre d’abord une garde, qui ne se défioit de rien,qui avoit mis pied à terre ; comment s’imaginer qu’une poignée de gens pût prendreune telle résolution ? On se l’imagine pourtant lorsqu’on sçait ce que peut la nécessi-té & le désir de sauver sa vie. On trouva la garde dans l’état que je viens de dire, furlaquelle l’on fit main basse, fans qu’il fût tiré un seul coup, & ces quatorze hommesfe reárérent à Sendomir, où il y avoit une garnison Saxone.