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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XVI. 3 sj

Qu’il me soit permis de faire quelques remarques instructives fur cette action.Je ne vois rien de plus difficile dans la défense d'une maison , que lorsque notresoiblesse ne nous permet pas de défendre le bas & le haut tout en même tems. Uncourage & une intelligence médiocres, bien loin de trouver du remède à cela,son-geront bientôt à se rendre sans rien faire de vigoureux, & quelquefois ceux quien ont le plus, ne sçachant quel parti prendre faute d’expérience, ne tiendront pas,& se rendront avec un mortel déplaisir. Le Comte de Saxe trouva dans son esprittoutes les ressources nécessaires, il vit qu’en prenant le parti de défendre le haut,il lui seroit très-aise de défendre le bas en l’abandonnant. 11 fit percer le plancheren plusieurs endroits, & surtout par dessus la porte, pour voir fans être vû ceuxqui entreraient par la porte d’en bas ; & parce que cette porte étoit fort petite &

fort basse, comme le plancher, les premiers qui eurent la hardiesse d’entrer furenttuez fur le champ. Le meilleur pour ne pas user de poudre , & pour être plusfur de son coup, lorsque le plancher est bas, est de percer d’en haut ceux qui en-trent â coups de baionette au bout du fusil : car en ne tirant point , ceux d’enbas ignorent qu'on les darde d’en haut & d'ou vient le coup, Sc avant qu’on s’enavise on a le tems d’en tuer un bon nombre : tant la nuit est avantageuse à ceuxqui défendent ces sortes de postes, & tant elle l’est peu à ceux qui attaquent. Cequ’il y a encore d’avantageux dans les défenses de maisons où les planchers sont bas& les portes étroites, c’est que n’y pouvant entrer qu’un seul homme de front, ilest aisé de s’en défaire : & quand même il en entreroit deux, deux hommes sonten état d’en défendre l’entrée, en se tenant à côté de jour comme de nuit; ils entueront autant qu’il en entrera à coups de baionette , dès le moment q u'ils paraî-tront fur le seuil de la porte. II n’y a qui que ce soit au monde qui puisse ré-voquer en doute ce que je dis ici. Deux hommes font capables d’en tuer deuxcens, fans s’exposer le moins du monde ; & lorsqu’il n’y a personne, deux hom-mes bien adroits & postez en haut auront presque le même avantage. A l’égarddes chambres d’en haut qu’on ne peut garder, & qu’il faut nécessairement abandon-ner faute de monde, il n’y a point de remède, si l’ennemi pouvant monter par plu-sieurs fenêtres fe jette dedans pour mettre le feu en ces endroits, & le communi-quer aux autres chambres ou l’on fe défend, supposé qu’on ne puisse entrer par lebas. Mais comme il peut arriver que l’ennemi ne pensera pas à emploier ce remède,comme cela arriva à la caffine de Moscolini, & qu’il voudra gagner les chambresabandonnées pour entrer dans les autres que l’on défend, le meilleur expédient quej'aie à proposer, si jamais quelqu’un ne s’en est avisé, est de faire couper le plan-cher du devant de la porte un peu plus que de fa largeur , cela servira comme defossé, & ceux qui se bazarderont de monter dans les ténèbres tomberont en bas ;lorfqu’on a le tems nécessaire on ouvre le plancher en plusieurs endroits : de sortequ’il est impossible à l’ennemi d’entrer dans les chambres pour se rendre maître desautres que l’on défend.

Lorsqu’on est assez heureux pour repousser l’ennemi dans une assaire de cette na-ture, & l'obliger à tout abandonner pour attendre le jour, le meilleur expédient,sil’on n’est pas d'humeur à fe rendre par la crainte de n'être point reçu à composi-tion & d’être brûlé fans miséricorde, est celui du Comte de Saxe; c’est même leseul qu’on puisse prendre; mais il faut bien se garder d’attendre le joùr, il saut profiterde la nuit : le plutôt c’est le meilleur, & je crois la retraite la chose du monde la plusaisée & la plus sûre: car qui peut s’imaginer, comme je l’ai dit plus haut, que quel-ques hommes aient assez de résolution 8c soient assez déterminez pour sortir & percerau travers des ennemis qui les environnent de toutes parts? Cela seul est l’unique chose

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