LIVRE V. CHAP. XVII- 37 j
ment ce Prince forma son crochet (9) à la gauche de la droite de sa cavalerie plutôtqu’à la pointe de son aile : car alors par un mouvement facile & régulier, il étoiten état de doubler & d’envelopper en un instant la gauche de Ptolémée, & de tomberfur ses flancs & fur ses derrières; au lieu qu’en plaçant le crochet à la gauche de sonaile, il ne pouvoit l’étendre assez promtement. Tout cela prouve que les deux ar-mées n’avoient rien qui flanquât leurs ailes, & qu’Antiochus craignît que plaçant lecrochet à la droite, l’ennemi ne s’en apperçut. C’est, je pense, la meilleure raisonqu’on puisse donner pour le disculper de ce défaut, si l’on p eut appeller défaut unechose qui ne nous apporte aucun préjudice, car son stratagème eut tout l’effet qu’ilen attendoit.
Comme il s’apperçut que seséléphans étoient victorieux de ceux des Egyptiens, qu’ilsavoient même renversé les gardes de Ptolémée, & que ses étrangers étoient déja enga-gez contre ceux des ennemis, il fait faire à droit, & étendant fa gauche, que le cro-chet remplaça par un quart de conversion aisé pour remplir le vuide qu’on lui laissoit,il tourne subitement sur le flanc de la gauche de Ptolémée, pendant que le crochet at-taque de front cette gauche, qui fut renversée & totalement défaite. Si Antiochuseût pensé sagement & en homme expérimenté, il eût laissé courir cette aîle avec quel-ques troupes à ses trousses, & fût tombé fur les flancs & fur les derrières de l’infan-terie étrangère, dépouillée de fa cavalerie & de la Phalange Egyptienne ; ce qui luieût épargné bien de la honte, & acquis beaucoup de gloire. Mais il pasla outre, &se mit aussitôt à la tête de cette aîle, sans songer à suivre son avantage, & sans semettre en peine de ce qui pouvoit arriver d’une si étrange conduite, à peine conceva-ble dans un Général d’armée, & encore moins dans un Roi. L’ennemi d’abord sur-pris de la déroute de sa cavalerie, reprit de nouvelles espérances, loríqu’il s’apperçutqu’Antiochus, bien loin de profiter de son avantage, avoit disparu comme le vaincu,abandonnant son armée dans le tems que fa présence étoit le plus nécessaire, en ren-dant inutile ce qu’il avoit de troupes victorieuses pour courir après des fuiards qui nepouvoient plus lui nuire ; l’ennemi qui remarqua une faute si prodigieuse, ne manquapas d’en tirer parti par la sçavante manoeuvre d’Echécrates. Cet habile Officier,quise trouvoit à la tête de l’aîle droite de la cavalerie Egyptienne, s’appercevant. par lapoussière que la gauche de la cavalerie avoit été poussée & enlevée hors de son aîle,ne perdit pas un moment de tems. II fait à droit avec son aîle, coule derrière leséléphans, qui couvroient son mouvement, & déborde extraordinairement la gauchedes ennemis : par cette manœuvre il enveloppe cette gauche & envoie en même temsà Phoxidas, qui commandoit les étrangers de la Gréce, d’avancer promtement &d’attaquer les étrangers d’Antiochus, qui sermoient la gauche de 1 a Phalange. Tou-tes ces troupes aiant donné en même tems & de front, chargèrent avec tant de vi-gueur qu’ils les rompirent & les mirent en fuite.
Les Phalanges ensuite en vinrent aux mains, de sorte que l’affaire devint générale.Celle d’Antiochus se voiant dénuée de ses ailes des étrangers & de k cavalerie de fagauche, ainsi que de celle de fa droite, qui étoit après les fuiards, où le Roi étoiten personne, ne fit presque aucune résistance, & s’ensuit lâchement.
Antiochus brave & même entendu, mais en cette occasion fort malhabile & très-xmprudent, victorieux à son aîle, s’imagine follement qu’il n’a plus autre chose àfaire qu’à se mettre aux trousses des ennemis, fans songer que son. infanterie n’a pascombattu, non plus que la cavalerie de fa gauche, & que l'ennemi peut aussi aisé-ment vaincre du côté de fa droite qu’il avoit fait lui-même à la sienne ; mais em-porté par son courage & par une ardeur inconsidérée qui lui ôtoit le jugement, il futlongtems après les fuiards, lorsqu’on l'avertit qu’on voioit une grande poussière qui
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