Band 
Tome V.
Seite
383
JPEG-Download
 

LIVRE V. CHAP. XVII. 5S3

j" toutes les fois, dit Plutarque dans la Vie de Marius, qu’un front de bataille est

fort large & fort étendu, il arrive ordinairement que les aîles sont avancées & le„ centre enfoncé ; ce qui confirme ce fait, ajoute-t-on, c’est l’apologie que Catu-„ lus même fut obligé de faire, dans laquelle il se plaignit hautement de la malice„ & du mauvais tour qu’il lui avoit joué. Peut-être n’y pensa-t-il pas, car Plutar-que n’explique pas la raison pourquoi les grandes armées forment une courbe ouune espèce de croissant. C’est que ceux de la droite & de la gauche à mesure qu’ilssont plus éloignez du centre,ne le voiant pas assez pour s’aligner,comme il impor-te de le faire, & surtout dans certains terrains, s’avancent pour l e voir, ou pourpeu que la ligne vers ce centre soit un peu courbe, elle fe courbera davantage : carceux qu’ils auront à leur droite & à leur gauche s’avanceront plus, & cela augmen-tant jusqu’aux aîles le croissant sera plus ou moins profond selon l’étendue de laligne ; ce qui me íeroit assez croire que Marius ne fit pas cette remarque, & qu’ilpassa pour plus malin qu’il netoit en effet. On voudra peut-être sçavoir quelétoitle mauvais tour dont Catulus fe plaignoit , on peut bien juger par le passage déjacité que Plutarque doit nous 1 apprendre.

Baiorix, Roi des Cimbres, s’étant campé à quelque distance de l’armée, défia Ma-rius de prendre le jour & le lieu pour détendre en bataille, & décider qui demeu-rerait le maître du païs. Le Général Romain accepta le défi , & aucun ne man-qua au rendez-vous, qui fut dans la plaine de Verceil. „ Ils se mettent en bataille,„ dit-il. Catulus avoit sous lui vingt mille trois cens hommes d’infanterie, & Ma-„ r jus trente-deux mille. Catulus fut mis au centre, & les troupes de Marius fu-,) redt rangées sor les aîles, comme l'écrit Sylla, qui fe trouva à cette bataille ; &,, l’on dit que Marius rangea ainsi l’armée malicieusement, dans l’espérance qu’avcc„ les deux aîles il tomberait fur ses ennemis & les romprait, & qu’ainsi la victoire„ ferait entièrement dûe à ses troupes, fans que Catulus y eût aucune part, & qu’il„ fe fût seulement mêlé avec les Barbares ; ce qui arriva effectivement.

. si Antiochus vouloit d’abord engager son aile droite plutôt que l’autre, à causequ’il y avoit placé l’élite de ses troupes, outre qu’il se trouvoit supérieur à cellede l’ennemi, il devoit ordonner aux Officiers Généraux de son armée d’attaquer enmême tems à la gauche & aux phalanges. 11 ne falloit pas même qu’ils attendis-sent cet ordre pour charger: au lieu que l’armée Egyptienne attaqua de toutes parts;& ce qui prouve que Ptolémée avoit d'excelleras Officiers Généraux & d’une grandevaleur, c’est qu’ils ne s’étonnérent point de la défaite de toute leur gauche de ca-valerie. Ils jugèrent bien que s’ils donnoient le tems à l’ennemi de réfléchir furl’avantage que le Roi venoit de remporter à fa droite, il augmenterait de courage& de résolution, & qu’il arriverait tout le contraire à leurs troupes , si elles ve-noient à s’appercevoir du malheur de leur gauche,& que l’ennemi donnantlà-dessusensuite de son avantage, il leur ferait plus difficile de la réparer & d’y apporterdu remède. Sur ces sages considérations ils prirent le parti que tout autres queceux d’Antiochus eussent pris infailliblement : profitant de la faute de celui-ci, quicourait après les fuiards, qui l’entraînoient à fa ruine , & du peu de résolution deles Généraux, qui y concouraient de leur mieux; leur droite 6c tout le reste dela ligne s’ébranlérent presque en même tems avec tant d’ordre & de courage, qu’ilspafférent fur le corps de tout ce qui osa leur résister: conduite admirable, qui nousapprend à ne jamais désespérer dans les plus grands accidens de la guerre , Iorfqu’onferme les yeux dessus, & qu’on prend le parti d’être les premiers à attaquer & touta la chaude.

La lâcheté des troupes d’Antiochus, & l’ignorance de ses Généraux, font à peine-

LOY ‘