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Tome V.
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LIVRE V, CHAP, XVII.

Car il arrive quelquefois qu’un Prince foible, incapable de fentimens, lâche & fansambition, tel que Ptolémée, a des Ministres capables de grandes choses autant dans lesaffaires de politique que dans celles de la guerre. 11 ne faudroit pas remonter fort hautdans les premiers siécles pour en donner des exemples, ils se suivent assez près-à-près;h source de l’agrandissement des Roiaumes & des Empires ne se trouve pas toujoursdans les Princes mêmes, & fur le trône. Je ne prêteurs pas parler ici de Ptolémée.Ces sortes de monstres seroient un peu rares dans l’Histoire, si Rome ne nous enavoit pas fourni à profusion dans ses Empereurs, mille fois plus horribles, plus ty-rans, plus foux & plus ridicules que nuls autres du monde entier. j e p ar ]e j c i desprinces qui ne font rien de tout cela, bons & sages, mais qui fe livrent, soit parhazard ou par choix, à des Ministres éclairez & capables. Deux Princes de cette por-tée, qui fe succèdent l'un à l’autre, avec de telles gens à la tête de leurs affaires,iront très-loin à la gloire, & fe feront beaucoup redouter. Mais si après un Prin-ce qui aura eu un bon Ministre, qui l’aura fait prospérer, il en vient un autrè ha-bile & éclairé, & qu’il soit ainsi secondé; où n’ira-t-ilpas ? J’ai lû dans je ne sçaiquel Auteur une chose que je vais dire à propos de cela. La France fe trouva dansun désordre extrême sous le Ministère du Cardinal Mazarin, & pendant la minoritéde Louis XIV. Après la mort du Cardinal, la France passa d’un état de désordre &de trouble dans une puiíïance & une gloire surprenantes.

Ce changement eut trois principes, premièrement la sagesse du feu Roi. & son a-mour pour la gloire, & ses plus grands ennemis ne lui refuseront jamais ces qualitez-là ; l’habileté & la probité de-M. Colbert, qui étoit chargé du soin de ses finances,la capacité & k fermeté de M. de Louvois, qui gouvernent alors les affaires de laguerre. Ces trois principes font la source de l’agrandislement des Roiaumes & des Em-pires. Je ne pense pas que qui que ce soit de mes Lecteurs accuse Ptolémée d’avoircontribué en rien au succès de la guerre contre Antiochus. Celui-ci fe trompa donc,lorfqu’il s’imagina qu’un Prince aussi corrompu & aussi méprisable que Ptolémée, fe-roit incapable de faire un aussi bon choix que celui qu’il fit, & qu’il en seroitdu Mi-nistre comme du Maître. 11 ne se trompa pas en certain égard. Sosibe pouvoit êtreen même tems capable de posséder tous les talens d'un Ministre & ceux d’un parfait• scélérat, il en paroît assez dans mon Auteur dans ce dernier genre.

Antiochus ne regarda pas d’assez près à ce qu’il susdit. II n’eût pas moins fait laguerre, mais il l’eût beaucoup moins mal faite & avec moins de négligence. II fut Lés-inai servi par ses espions en Egypte, & encore plus mal par ses Généraux dans une ac-tion de cette importance, & dont les fuites furent encore plus fâcheuses que la hontemême. Toute cette action nous fournit des instructions admirables à l'égard des ba-tailles rangées dans les plaines rases & découvertes, où les armées de part & d’autre nefçavent ou flanquer leurs ailes. 11 semble alors que le foible ne sçauroit combattre con-tre le sort, fans se voir surpassé extraordinairement a ses ailes. Je sçai bien qu’il ya des remèdes que j’ai expliquez ailleurs en plusieurs endroits de cet Ouvrage; maison n’a pas toujours le tems de les appliquer. J’ai parlé de chariots, d’arbres coupez &autres obstacles pour se couvrir, car il n’est pas question ici d’un retranchement, celan’est pas de notre sujet, & regarde une autre partie.de la guerre, mais seulementd’ap-puier les ailes à quelque chose ; ce qui n’est pas fans quelque défaut, & même fansdésavantagé dans une grande plaine, & surtout à la nation Françoise, dont l’humeurne la porte guéres à attendre l’ennemi. 11 le faut nécessairement, de peur q u ’ en a _vançant fur l’ennemi on n’abandonne ce qui nous couvre. Ce qu il y a de plus dan-gereux, c’est que si l’ennemi perd tant soit peu de terrain, ou qu’il soir repoussé,on ne sçauroit profiter de cet avantage sans tomber dans le défaut que j’ai dit : car on7om. F. Ccc ne