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Tome V.
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CHAP. XX.

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reux dans ses exploits, hardi, entreprenant, & outre cela né d’unsang qui s’étoit toujours flatté de parvenir un jour à l’Empire universel,ne pouvoir erre qu’enchanté d’un pareil discours.

Qiioiqu’il n’eût alors, montré fa Lettre qu’à Démérrius, dans la fuiteil aíîexnbla íés amis Sc demanda leur avis lin* la paix qu’on lui confèil-

loit

Philippe, qui fit la guerre toute se vie contre desennemis bien autrement redoutables que des Per-lés, auroit pû Lire ce que fit Alexandre après laconquête de l’Aíìe , 8c par un estèt de la puis-sance aspirer à la xMonarchie universelle ; m aisdans le lîécle où il viroit pouvoit-il pensera unetelle chimère pour quelques actions qu’il avoirfaites dans le Péloponèse? Quand il auroit étébeaucoup plus habile 8c expérimenté qu’ií n'é-toit, 8c qu’il lui eût plû de consulter le 1 âge A-ratus, aux conseils duquel il devoir les heureuxsuccès de cette guerre , il lui eût appris q u'ilimporte beaucoup à un Prince ambitieux 8t bra-ve de se trouver dans un tems plutôt que dansun autre pour tenter certaines entreprises degrand éclat, 8c que lorsque les conjonctures sontdifférentes il faut agir ielon ces conjonctures.Peut-être ne l’eût-il point écouté, & n’en eût pasmoins fait que ce qu’il fit ; ce qui l’entraînadans cette étrange folie , qui lc précipita dansune foule de disgrâces 8c de malheurs dont Po-]ybe parle, „ c’est qu’il ctoít d’un seng qui s’é-„ toit toujours flatte, dit ce íage Historien, de„ parvenir un jour à l’Empire universel. Lamémoire des grands hommes de cette Maisonpouvoit lìtns doute remuer 8c émouvoir telle-ment les passions dans ce Prince, aidee des suc-cès 8c des victoires remportées, qui avoient en-core augmenté en lui i’opinion de son fçavoir-fai-re, quelles lui auroient fait entreprendre les cho-ses les plus difficiles, comme la mémoire desgrands hommes peut produire le même effetdans les giands courages soutenus d’une grandehabileté. Mais tout cela n’empéche pas qu’onnetrouve tout-à-fait imprudent se dessein de Phi-lippe de passer en Italie pour k conquérir. Pyr-rhus étoit bien un autre homme que iui, en unmot un des plus grands Capitaines de l’antiquì-té, c’est-à-dire du nombre de ceux qu on ne voitque de loin à loin. 11 s’étoit mis la Monarchieuniverselle en tête. Comment donc, un Roi desEpirotes? Eh! Pourquoi plutôt ceux de Lacé-démone, d’Argos , de Corinthe, d’Athénes, deThébes, 8c tant d’autres petites Républiques dela Grece qui se sont mis en tête la même chi-mère? Un Pyrrhus éioit mille fois plus en étatd’y parvenir St d’y espérer que Philippe; mais iltrouva les Romains, q U i lui apprirent à se guérirde cette chim-ï-e 8c à n'y plus penser. Cependantelle étoit en lui moins extravagante que celle del’autre, qui ■ àt trouvé un Annibal & des Ro-mains, que la hente de Cannes avoir encore plusanimez, qu’abattus. Philippe en joignant ses for-

ces avec le rusé Carthaginois, prétendoit-il qu'adrès avoir soumis les Romains parla jonction desforces des Macédoniens, il lui livreroit l’Itahe.ouqu’il te tourneroit contre lui pour l’en chaslèr 8cle renvoier à Carthage? C’étoit sens doute ionbut. En vérité cela me íurprend. Après celaqu'on dise qu'il ne faut pas trop réfléchir fur lesfoibleffes des grands hommes , je crois au con-traire qu’on ne le fçauroit trop : car les Cynéasne le rencontrent pas tous les jours dans les Coursdes grands Rois; ou s’il s’en rencontre, ils netrouvent pas toujours les Rois dociles, Cynéas,Conseiller très-lensé d un Roi très-imprudent, netrouva pas cette íàgeíîê Sc cette docilité dans sonMaître. On se souviendra du dialogue de ce sa-ge 8c prudent Ministre entre Pyrrhus 8c lui. Plu-tarque nous l’a conservé dans la Vie de ce Guer-rier célébré. M. Despréaux l’a tiré de cet Histo-rien, 8c l’a mis en très-beaux Vers dans se pre-mière Epître. Rabelais l’a imité encore , & vé-ritablement il est d une grande instruction: carRabelais ne l’est pas peu dans son burlesque, quirenferme en bien des endroits une morale très-fine 8c très délicate , 8c celui qui a dit que cetAuteur avoir écrit autant pour la canaille que pourles honnêtes gens, a dit vrai.

Les Romains, quelque accablez qu’ils fussent,ne manquèrent pas d’aller au-devant de Phi-lippe, qui sentit là folie 8c !e peu de solidité deson entreprise dès le moment de l’exécution. 11sne lui pardonnèrent jamais, 8c le réduisirent à untel état, qu’il le vit dans la triste nécessité d’a-bandonnet toutes ses conquêtes. On le vit im-plorer leur miséricorde, 8c l’on peut dire qu’ilfut malheureux toute íà vie. Tant est véritablela maxime d’un homme d'esprit, qui est celleque Polybe a inseréc en plusieurs endroits de IonHistoire > qu’il n'y a point de personnes dans lemonde moins heureuses que celles qui semblent l'ê-tre le plus. Pyrrhus ne le fut pas davantage quePhilippe. Quelle vie que k leur! Pourrois-jemieux finir cette note qu’en rapportant une ré-flexion remarquable 8c touce pleine de sagesse dePhilippe de Commines parlant du Duc de Bour-gogne, qui perdit la bataille de Graníòn 8c segloire: car il n’y revint plus, après cette honterien ne lui prospéra.

,, Quel aise eut-il? dit cet Historien : il euttou-„ jours travail sens nul plaisir 8c de se personne.„ 8c de l’entendement : car la g'oire lui m0 nta„ au cœur , 8c l’émeut de conquérir tout ce„ qui lui étoit bien séant. Tous les Etez tenoit„ les champs, en grand péril de se personne, Lc

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