4v6 HISTOIRE DE POLYBE,
loit de faire avec des Etoliens. Comme Aratus n’étoit pas fâché quela paix fe fît pendant qu’on étoit supérieur dans la guerre, le Roi, fansattendre les Ambaílàdeurs, avec qui l’on devoit convenir en commundes articles, envoia chez les Etoliens Cléonicus de Naupacte, qui,depuis qu’il avoit été pris, attendoit encore les Comices des Achéens.Puis prenant à Corinthe des vaiílèaux & une armée de terre, il alla àEgée : pour ne point paraître trop empreíïe à finir la guerre, il Rap-procha de Lasion, prit une tour bâtie fur les ruines de cette ville, &fit mine d’en vouloir à Elée. Après avoir envoié Cléonicus deux outrois fois, comme les Etoliens demandoient des conférences, il y con-sentit. II ne peníà plus depuis à cette guerre, mais écrivit depuis auxvilles alliées d’envoier leurs Plénipotentiaires pour délibérer en com-
prenoit tout le loin 8c la cure de l’ost, 8c n’en-, avoit pas encore assez à íòn gré; il ,lè levoit le„ premier 8c fe couchoit le dernier, comme le„ le plus pauvre de l’ost ; s’il se repoíòit aucun-, hiver, il faisoit ses diligences de trouver argent : à„ chacun jour il beíòignoit dès six heures au ma*„ tin, 8c prenoit grande peine de recueillir 8c„ ouïr grand nombre d’Ambaílàdeurs: 8c en ce„ travail 8c misère finit ses jours, &. fut tué des„ Suisses devant Nanci, comme avez vû ci-de-„ vant : 8c ne pourroit-on dire qu’il n’eut jamais„ un bon jour, depuis qu’il commença à entre-„ prendre de se faire plus grand, jusques à ion„ trépas. Quel aquêt a t-il eu en ce labeur?,, Quel besoin en avoit-il? Lui qui étoit si riche,„ 8c avoit tant de belles villes 8c Seigneuries en„ íòn obéissance, où il eût été si aise, s’il eût„ voulu.
On pourroit appliquer cette excellente réfle-xion au fi u Roi de Suéde, un des plus grandsGuerriers 8c des plus vertueux qui aient paru dansle monde depuis les Anciens, Les' dilgraces 8cles malheurs de celui-ci font infiniment au-deslus
de ceux de Charles le Hardi ; il ne put les envisa-ger d un œil fixe, ferme 8c constant, ni les sou-tenir 8c les supporter. Le Monarque Suédois,pour en avoir éprouvé de plus grandes, les trou-va même fort au-dessous de la grandeur de soname. ,, Il s’élança au-dessus par la forced’un vi-,, goureux courage, pour me servir des expres-sions de Montagne, >, il les dédaigna 8c foula„ aux pieds, aiant une ame forte 8c solide, con-„ tre laquelle les traits • de la fortune venans à,, donner, il est force qu’ils réjaíllissent 8c s’é-„ moussent» trouvant'un corps dans lequel ils ne„ peuvent faire impression. Le Roi de Suéde ajoué un plus grand personnage que le Duc deBourgogne fur le théâtre du monde; ses projetsse sentoient encore d’une ame plus grande 8c plusrelevée. Quelque dure 8c agitée que fût la viedu dernier, il s’en falloir de beaucoup qu’elle latût autant que celle de l’autre. Quel Héros dans
mua
l’Histoire lui comparerons-nous dans la vie qu’ila menée ! Je n’en vois aucun : je n’ai que faire'd'aller chercner dans l’Histoire comme il a vécu,8c s’il a reçu quelque aise 8c quelque douceur eníâ vie, j’en ai été le témoin, 8c ce que j ai vûd’autres l’ont observé avant moi. Quel étoit sonlit lorsque j'arrivai en Scanie ? Deux bottes depaille 8c une peau d’ours par dessus , couchanttout habillé comme le moindre de ses soldats. LeComte de la Marck, Ambassadeur de France, quece Prince estimoit infiniment, lui persuada decoucher dans un lit pour la première fois depuisla guerre: mais quel étoit ce lit! Un seul mate-las > des draps Sc une ouverture, fans rideaux. IIfe couchoit à dix heures 8c se levoit a deux,pour monter à cheval un instant après, quel temsqu’il fît. II revenoit à cinq ou six heures du ma-tin pour travailler avec ses Ministres, fans jamaisquitter ses bottes que pour se coucher. II ícmet-toit à table à quatre heures, car il ne faisoit qu'unrepas; 8c quel repas ? 11 y avoit bien peu de
Bourgeois dans Paris qui ne le fissent meilleur 8cplus délicat: une soupe assez mauvaise , un bouil-li , deux ou trois ragoûts 8c quelques poulardes,tout cela exposé sur la table fans nul dessert. Tou-te fa vaisselle étoit de fer battu, jusqu’à son go-belet. II ne bûvoit que de Peau, il n’avoit queneufs couverts à fà table: les Officiers Générauxjuíqu’aux Colonels y mangeoient. Après son dî-né il fe retiroit dans fa chambre, où l’on ne par-loir que de guerre, 8c ce brave Prince en parloiraussi bien qu’auroit pû faire César. Je n’ai jamaistant profité que dans ses conversations ; 8c quandil n’y auroit eu C)ue ce seul Prince qui eût applau-di à pies principes, j’aurois lieu de m’en glori-fier Sc d’en tirer vanité. J’ai cherché inutilementdes gens qui parla dent aussi bien de la guerre qu’ilfaisoit, 8c qui fussent plus capables de la condui-re. Jamais Prince n’eut tant de grandes quali-té z , 8c l’on peut dire qu’il outra toutes les ver-tus, poussant toujours au-delà; ce qui fait l’esti-me 8c l’admiration des honnêtes gens.