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Tome VI.
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XI
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PREFACE. xj

mes. Chacun naît avec ses talens naturels, les uns pour une cho-se, les autres pour une autre } Inexpérience, ou íì vous voulez l’éru-de 6c l’application perfectionnent ces talens 8c les augmentent. Onne peut le nier. Mais on ne sçauroit convenir que Y’une 8c l’autrenous en aquiérent de nouveaux, 6c nous rendent également habilesdans toutes les parties de la guerre, ou tous les talens naturels nousmanqueront.

Tous les divers genres de vie ne íçauroient être infus 8c rastèm-blez dans un seul sujet à l’égard des armes, quelque applicationqu’on y apporte. II est très-rare dans une armée qu’il ne se trou-ve pas des gens qui ont 8c qui poíïedent très-bien les parties quimanquent au Général , 8c c’est à celui-ci à chercher ces sortes degens.

Vous réussirez très-bien à faire camper une armée, 8c même à la fai-re marcher, que vous ne sçaurez où vous en ferez s’it faut la mettre enbataille 8c la faire combattre. Un autre se trouvera très-propre à com-mander un corps de troupes, qui perdra la tramontane s’il n’est plusfort de la moitié : celui-ci rendra un très-bon compte d’un poste où ilcommandera -, dans une bataille il exécutera très-bien les ordres de sonGénéral, il les changera même selon les occasions & les diverses cir-constances, 8c réussira parfaitement. Ne lui en demandez pas davan-tage, il est fait pour obéir 8c pour ces sortes de cas-, mais d’engager enchef une affaire générale, il se conduira pitoiablement, ce n’est pas làson fait, il sortiroit de fa sphère.

Un Général d’armée, qui sera très-capable de conduire une guer-re offensive, qui s’en sera même tiré très-glorieusement, perdra tou-te fa réputation dans une défensive, qui est de toutes la plus diffi-cile , la plus digne d’un grand courage 8c d’un Capitaine du pre-mier ordre , 8c c’est pourtant celle que les esprits vulgaires propo-sent ordinairement, 8c que la poltronnerie souhaite le plus.

Tous les hommes en sont logez là. Cette variété se trouve dans lestalens comme dans les corps Sc dans les esprits. Un seul ne peut pastout imaginer, tout sçavoir, tout remuer, mettre tout en mouvement8c en action par lui-même j il a besoin des conseils des autres, defqueísil tire ou peut tirer mille secours, 8c eux réciproquement de lui selonses lumières 8c son intelligence dans le métier: mais qu’un Général d’ar-mée sçache tout 8c n’ignore rien d’une science comme la guerre, c’estde quoi on peut raisonnablement douter ou n’en rien croire.

Je répondrai à toutes ces demandes, que ceux qui en douteroient oun’en croiroient rien , seroient très-déraisonnables. Les exemples con-traires fautent, aux yeux. Sans, remonter plus haut, ni décendre plusbas que César; ce grand homme a poíìedé toutes les parties de la guer-re dans toute leur étendue, 8c combien d’autres tout comme lui? Dirá-

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