XXIV
P R E F A C E.
pourront les y introduire. Je ne les empêche pas, quoique persuadéque les miens íònt plus redoutables par leur simplicité.
Je vois par-là que les colonnes dans ma tactique font de leur goût,6c je m’aíîure qu’après avoir satisfait à toutes leurs Objections , ils n’ytrouveront d’autre inconvénient que ce que l’Auteur de la Lettre dit,que les peuples & les nations ne se défont pas aisément des coutumesde leurs pères & de leurs manières ordinaires. Rien n’est plus vraique ce qu’il dit là, 6c rien ne me paroi t plus important que de m’ar-rêter un peu fur ce texte, qui a un extrême besoin de commentaire.
Nous íçavons assez quelle est la force de la coutume , ou des usagesgénéralement reçus, 6c son autorité dans les armes comme par tout,quoique le plus souvent elles ne choquent pas moins les lumières natu-relles que les lumières militaires. Ce n’est pas là le merveilleux de l’af-faire, c’est que malgré l’expérience ; qui nous la représente extravagan-te & sans aucune ombre de raison, par les mauvais effets qui en nais-sent , on ne laisiè pas que de la suivre sans en démordre , tant la pièceest de résistance, & on aime mieux risquer de se faire battre honteuse-ment toutes les campagnes deux ou trois fois plutôt que de la quitter,êc suivre une autre façon de combattre. Les Romains ont dû à cettebêtise des autres nations la gloire de leur Empire. Témoins les Gau-lois , les Allemans, les Bataves, les Anglois & les Grecs eux-mêmes,pour n’avoir rien voulu changer dans leurs armes offensives, & dansles défensives, comme Polybe nous le fait aísez remarquer , ils fu-rent perpétuellement vaincus } ce qui ne pouvoit arriver, s’ils cuisentimité leurs ennemis. Cela n’est-il pas bien plaisent ? Je trouve Bay-le très-judicieux & très-vrai dans ses réflexions fur certe matière. Jene les ai pas oubliées, mais je ne íçai où les chercher maintenant. Jeles débiterai à peu près. II dit que la coûtume, loríqu’elle est longue& généralement suivie, émouíse réellement le bon sens, l’esprit, dé-range toute notre cervelle 6c nous ôte toute voie d’examen. Sans dou-te qu’il a raison : de bonne foi peut-on en être surpris? Puisque la mul-titude des gens de guerre, grands & petits, ne Rappliquant 6c n’étu-diant point les sciences néceflaires à leur profession 6c vivant sens au-cune défiance fur les usages 6c les pratiques reçues, il est impossiblequ’ils puissent jamais en découvrir le faux. Encore une fois, il ne fautpas être surpris si cette coutume émouíse l’esprit à la longue. Les tra-ces qu’elle fait d’abord dans le cerveau dans notre plus grande jeu-nesse , s’approfondifsent toujours davantage par les fréquentes répéti-tions, toujours fur les mêmes lignes, 6c l’opinion que nous avons dumérite de nos Chefs, qui nous instruisent, n’y aide pas peu ; ce quifait que l’eíprit 6c la raison s’affoiblissent 6c diminuent, 6c cette dimi-nution ôtant l’une 6c l’autre nous ôte toute volonté à la recherche duvrai, sens qu’il nous vienne le moins du monde en la penfée de vpir si
ceux,