PREFACE.
XXV
ceux, qui sont les auteurs 8c les inventeurs de cette coutume, ou ceuxqui la suivent, nc íè sont point égarez de la route du sens commun.Ce qui la rend encore plus forte 8c plus redoutable, e’est, comme jel’ai déja dit plus haut, l’opinion où l’on est du mérité de ceux qul’ont établie, 8c des grands hommes qui l’ont suivie 8c qui ont fait degrandes actions, fans l’avoir jamais abandonnée pour en prendre uneautre, comme si on ne pouvoit rien imaginer de meilleur. Belles rai-sons, en vérité! comme si les grands emplois où l’on est éleve, delongs services, des victoires remportées, don noient du poids à la faus-seté 8c à des usages contraires aux régies de la guerre 8c du bon sens.Est-ce que les usages 8c les pratiques généralement reçues 8c aussi an-ciennes, si l’on veut, que le monde, font une marque de vérité 8c deperfection? Rien de plus faux que cela: je l’ai fait allez voir en milleendroits de mes Ouvrages. Ecoutons Morus dans son Utopie, ou ilse moque de ces dévots extravagans de l’uíage, Sc s’égaie à merveillefur cette matière comme fur bien d’autres.
Ceux qui sont les admirateurs zélez de la vénérable coutume, dit-il, manquent-ils de bonnes raisons pour la défendre , voici leur der-nier retranchement, leur Hercule. Nos ancêtres , répondent-ijs gra-vement , ont jugé que cet usage étoit le meilleur , ■& plût au cielque nous les égalassions en prudence t âpres cela , comme s’ils avoientadmirablement plaidé une bonne cause , & non pas une sottise , ils seremettent tout glorieux en leur place.
Sur ce pied-là il faudroit se conduire, non par la voie de l’examen,mais par la voie de l’autorité qui radote. Si ces grands hommes ontréussi, csest qu’ils ont eu affaire à des Antagonistes qui alloient le mê-me chemin 8c tout devant eux. Dans ce cas-là le hazard est par toutle maître, mais les Héros de routine ne sont rien moins que des Hé-ros. L’on verra dans peu que les véritez à l’égard de mon Systèmedes Colonnes & de ma Tactique, sont du nombre de celles dont leshommes les plus prévenus 8c les plus passionnez en faveur de la coutu-me ne disputent point.
L’Auteur nous aíïure dans le second Article, que cette maniéré dese ranger & d’attaquer est ordinairement sujette à de fâcheux &dangereux inconvénient , dr toujours au débordement de f armée op-posée , supposant que les deux armées font à peu près également nom-breuses , & mème de plus d'un grand tiers. Si la cavalerie est ran-gée en seconde & troìfiéme ligne derrière l'infanterie , comme M. deFolard la pose dans quelque plan , en effet quel front lui peut-il
rester après ses colonnes formées & ses bataillons fur dix de hau-teur ?
Je doute que l’Auteur de la Critique ait bien pris garde à ce qu’ilavance ici. Du moins je ne croiois pas que qui que ce fût s’avifàtde
d me
Tome VI.