4 HISTOIRE DE POLYBE,
ble & se mettent sous la conduite des plus forts 8c des plus courageux,8c voilà ce qu’on peut appeller Monarchie, lorsque celui qui comman-de ne mesure son autorité que par ses forces. Quand par succession detems une éducation commune 8c un fréquent commerce ont formé desnœuds plus étroits , alors commence à naître la Royauté, l’idée del’honnête & du juste fe forme dans l’esprit auííì-bien que celle des vicesqui leur font opposez. _
C’est donc de cette sorte que les Républiques ou les Sociétez civilesont pris naiflànce. Du penchant naturel, qu’ont l’homme 8c la fem-me l’un pour l’autre, naissent des en fans. Lorsque ceux-ci sont parve-nus à un certain âge, fi fans reconnoiífance pour ceux qui les ont éle-vez ils ne les secourent point, mais qu’au contraire ils prennent plai-sir à les décrier ou à leur faire tort, il est clair que ceux qui seront té-moins de ces mauvais traitemens , après savoir été des soins, des in-quiétudes & des peines que les parens ont prises pour l’éducation deces enfans , seront indignez de leur ingratitude. Faisant alors usagede leur esprit 8c de leur raison qui les distingue des autres animaux,ils ne demeureront pas indifférens , ils feront réflexion fur un traite-ment si indigne, 8c en seront d’autant plus choquez , que prévoiantl’avenir ils craindront le même fort pour eux-mêmes. Qu’un hommesecouru par un autre & tiré d’un péril pressant, au lieu de lui rendre lapareille dans l'occasion, entreprenne de lui faire tort, il est constantque ceux qui seront informez de ce mauvais procédé en seront piquez,qu’ils entreront dans le ressentiment de la personne lézée , 8c qu’ils fecroiront exposez à souffrir un jour la même infortune. De là naît dansl'eíprit une certaine connoiflànce du devoir, on en approfondit la for-ce Sc la nécessité, 8c c’est en cela que consiste le commencement 8c lafin de la justice.
Pourquoi au contraire donne-t-on tant d’applaudissemens à celui quisc jette le premier dans les périls Sc défend ses semblables contre lechoc 8c la fureur des plus forts animaux ? Pourquoi encore n’a-t-ontque du mépris pour un homme lâche qui craint de s’expofer pour le sa-lut de ceux qu'il devroit secourir P Cela ne peut venir que de la réfle-xion qu’on fait alors fur le honteux 8c fur l’honnête, 8c fur la différen-ce qu’il y a entre ces deux choses. On commence alors à penser quel’honnête est digne qu’on le recherche Sc qu’on le pratique, à cause defutilité qui en revient, 8c que le honteux mérite toute notre aversion.Lorsque celui qui est à la tête des autres & qui les surpasse en forcespasse pour favoriser toujours ceux dont nous venons de parler, Sc qu’ils’est acquis la réputation d’homme juste 8c équitable, alors on cesse deredouter la violence, on se rend 8c on sc soumet à lui par raison , onlui maintient son autorité quelque vieux qu’il devienne ; on se joint Scon conspire ensemble pour le défendre contre tous ceux qui attaquent
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