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HISTOIRE DE POLYBE,
ce. Elles se tiennent toutes mutuellement dans l’équilibre : c’est commeun vaiíîèau que les vents pouílènt également de tous cotez. La craintedu peuple, qui avoit la part dans le (gouvernement, empêchoit les Roisd’abuser de leur pouvoir : d’un autre côté le peuple étoit retenu dans lerespect: dû aux Rois par la crainte du Sénat, qui compoíé de gens choi-sis ne devoit pas manquer de le ranger toujours du côté de la justice:de là il arrivoit que le parti le plus roible,mais qui tenoitpour lesloix,devenoit le plus fort, par le poids que lui donnoit le Sénat. C’est à lafaveur d’un si sage tempérament que les Spartiates ont conservé pluslongtems leur liberté, qu’aucun autre peuple dont nous aions connoisslance-, & c’est en prévoiant la cause & le tems de certains événemensque Lycurgue a établi cette République.
A l’égard des Romains, ils font arrivez au même but, fans cepen-dant y avoir été conduits par choix & par raison. Ce n’est qu’après ti-ne infinité de combats & de troubles qu’aiant appris à leurs dépens laforme de Gouvernement qui leur étoit la plus avantageuse, ils établirentenfin une République semblable à celle de Lycurgue, & la plus parfai-te que nous connoistions.
Pour porter des Historiens un jugement juste & raisonnable, il nefaut point en juger fur ce qu’ils ont omis , mais fur ce qu’ils ont écrit.Si dans ce qu’ils rapportent il se rencontre quelque chose de faux, il fautcroire que ce n’est que par ignorance qu’ils ont omis certaines choses jsi au contraire tout est vrai, on doit conclure en leur faveur que leursilence fur certaines choses ne vient point de leur ignorance, mais qu’ilsont eu de bonnes raisons pour le garder.
CHAPITRE III.
République Romaine. Prérogatives des différens Ordres qui la com -
pojoient.
L Es trois fortes de Gouvernemens dont j’ai parlé composoient la Ré-publique Romaine, & toutes trois étoient tellement balancées l’u-ne par l’autre, que personne, même parmi les Romains, ne pouvoitassurer fans crainte de se tromper, file Gouvernement y étoit Aristocra-tique, ou populaire, ou Monarchique. En jettant Jes yeux : fur le pou-voir des Consuls, on eût cru qu’il étoit Monarchique & Royal: à voircelui du Sénat, on l’eut pris pour une Aristocratie, & qui auroit regar-dé la part qu’avoit le peuple dans les affaires, il auroit jugé d’abordque c’étoit un Etat populaire. Or voici, à peu dc choses près, en quoiconsistoient alors, & en quoi consistent encore les droits des Consuls,du Sénat & du peuple.
Tant