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Tome VI.
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IO

HISTOIRE DE POLYBE

disposition les revenus de la République, & que les dépenses ne se fontque par son ordre-, & de l’autre que pour la guerre les Consuls ont unpouvoir absolu ou d’en faire les préparatifs , ou de se gouverner encampagne comme il leur plaît. Cependant le peuple a fa part, 8c unepart très-considérable, car il est seul maître des récompenses 8c des pei-nes , 8c c’est de là que dépend la solidité de tous les établiífemens hu-mains quels qu’ils soient. Si par ignorance ou par malice on manquede placer les unes 8c les autres à propos, les bons seront traitez com-me les méchans, & les méchans comme les bons, on ne verra que dés-ordre 8c que confusion.

Le peuple a aussi sa jurisdiction & son tribunal 5 il condamne à l’a-mende, quand l’injustice commise demande cette punition, 8c cela re-garde surtout les personnes constituées en dignitez. II a seul le droitde condamner à la mort; fur quoi je ne puis omettre une chose très-mémorable qui se trouve chez ce peuple. C’est que la coutume donnedroit à l’accusé, pendant qu’on procède à son jugement, de sortir ou-vertement de la ville 8c de sc condamner lui-même, restât-il encore u-ne tribu qui n’auroit pas porté son jugement: & alors il peut en fure-té se retirer à Naples , à Préneste , à Tibur , dans toutes les villes al-liées des Romains. Le peuple donne aussi les dignitez à ceux qui lesméritent, Sc par conséquent la plus belle récompense qu’on puiíse, dansun Gouvernement, accorder à la vertu. C’est lui qui approuve 8c re-jette les loix selon qu’il lui plaît } 8c ce qui est le plus important, on leconsulte sur la paix ou sur la guerre ; qu’il s’agisse de faire une allian-ce, de terminer une guerre, de conclure un Traité, c’est à lui de ra-tifier tous ces projets, ou de les rejerter. Sur ces droits ne seroit-onpas bien fondé à dire que le peuple a la plus grande part dans le Gou-vernement, 8c que ce Gouvernement est populaire?

On vient de voir comment les trois formes de Gouvernement ontchacune leur part dans la République Romaine : voions maintenant dequelle maniéré elles peuvent s’oppoíèr l’une à l’autre, ou se secourir mu-tuellement.

Quand un Citoien revêtu de la dignité Consulaire sort de la ville àla tête d’une armée, quoiqu’il semble avoir une puissiince absolue, il acependant besoin du peuple 8c du Sénat, 8c sans leur secours il ne peutseul consommer aucune affaire. Son armée, sans l’ordre du Sénat nepeut avoir ni vivres , ni habits , ni solde : en sorte que les Chefs ontbeau former des desseins, ils ne réussiront jamais , si se Sénat n’entrepas dans leurs vues, ou y met opposition. Ce Consul est il en cam-pagne , le Sénat est maître d'interrompre ses entreprises. C’est luiqui, Tannée du Consulat écoulée, envoie à Tannée un autre Chef,ou ordonne à celui qui la commande d’y demeurer. C’est à lui de re-lever i’éclat 8c la gloire des beaux exploits ou de la rabaiíser. Ce qu’on

ap-