1 $ HISTOIRE DE POLYBH,
spérité. Le partage Sc la diversité des sentimens en fut la cause. Caril en a toujours été des Athéniens comme d’un vaisseau où personnene commande. Ici quand les matelots, ou menacez de l’ennemi, ouagitez de la tempête s’accordent tous Sc obéissent de concert aux or-dres du pilote, tout ce qui s’y doit faire se fait avec la plus grandeexactitude: mais lorsque commençant à se rassurer, ils refusent d’o-béïr, ne s’accordent pas fur ce que l’on doit faire, Sc se soulèvent lesuns contre les autres; que les uns veulent continuer la route, les au-tres aborder en quelque endroit, que ceux-ci déploient les voiles, &ceux-là ordonnent qu’elles soient ferlées; cette division séditieuse don-ne un spectacle horrible aux vaisseaux voisins, Sc expose celui dont el-le trouble la manœuvre à un péril évident. Audi en voit-on qui aprèsavoir traversé de grandes mers Sc essuié les tempêtes les plus affreuses,viennent faire naufrage au port Sc échouer contre la terre. C’est uneimage sidéle de la République d’Athènes. Après être échappée quel-quefois aux secousses les plus terribles par la bonne conduite du peupleSc de ceux qui le gouvernoient, on l’a vue dans la bonace même sebriser imprudemment contre les écueils les plus visibles. Laissons donclà ces deux Républiques, où la multitude dispose de tout au gré deses paillons. Dans la première tout lé fait avec précipitation Sc avecaigreur ; dans l’autre on donne trop à la force & à la violence.
^Passons à celle de Crète , Sc examinons un peu ce qu’en assurent lesplus habiles Historiens de l’antiquité, Ephore, Xénophon, CallisténeSc Platon. Ils disent premièrement qu’elle est semblable à celle de La-cédémone , & en second lieu qu’elle mérite des louanges. II me sem-ble qu’ils se sont trompez fur l’un Sc l’autre point. Un en pourra ju-ger par ce que je vais dire. Je commence par la différence que je trou-ve entre ces deux Républiques. Trois choses caractérisent en particu-lier celle de Lacédémone, la première est Légalité des biens en fond dcterre, dont il n’est permis à personne de posleder plus qu’un autre, Scqui doivent être également distribuez à tous les Citoiens. La secondeest le mépris que l’on y fait des richesses, mépris qui bannit la jalousie,passion qui ne vient que du plus Sc du moins que possèdent les Ci-toiens. Enfin chez les Lacédémoniens les en fans des Rois succèdent àla dignité de leurs pères, Sc ceux qu’on appelle vieillards & par les avisdesqu'els tout se réglé Sc s’exécute, conservent cette autorité jusqu’à lamort. Chez les Candiots, rien de semblable. U leur est permis parles loix d’aquérir des fonds de terre tant qu’il leur plaît, fans qu’aucu-nes bornes leur soient prescrites. Parmi eux, les richeslès sont en sigrande estime , que non seulement il est nécessaire d’en amasser, maisencore que rien ne fait plus d’honneur. En un mot le honteux amourdu gain & des richesses s’est tellement établi parmi eux, que cette Ifseest le seul pais au monde, où le gain de quelque nature qu’il soit, pase