z 6- HISTOIRE DE POLYBE,
heur, le luxe Sc les plaisirs corrompent les mœurs , une ambitiondémesurée s’empare des esprits, on recherche avec trop d’avidité lesdignitez Sc la conduite des affaires-, ces désordres faisant tous lesjours de nouveaux progrès , la passion de commander Sc l’efpéced’infamie que l’on mettra à obéir commenceront la ruine de la Ré-publique, l’arrogance & le luxe l’avanceront, Sc le peuple l’acheve-ra, lorsque l’avarice des uns se trouvera contraire à ses intérêts, Scque l’ambition des autres lui aura donné de trop grandes idées deion pouvoir. Car alors emporté par la colère Sc n’écoutant plusque ses conseils, il secouera le joug de la soumission, il ne voudraplus que les Chefs partagent également avec lui l'autorité, il se l’at-tribuera toute entière ou en usurpera la plus grande partie. Aprèsquoi le Gouvernement prendra bien le beau nom de République,c’est-à-dire d’Etat libre Sc populaire -, mais ce ne sera en effet quela domination d’une populace aveugle, ce qui est le plus grand detous les maux.
Jusqu’ici nous avons fait voir quelle est la constitution de la Ré-publique Romaine , à quoi elle est redevable de ses progrès, l’étatflorisiant où elle est , en quoi elle surpasse les autres , Sc en quoielle leur est inférieure, ç’en est assez fur cette matière, Mais avantque de finir , il faut que semblable à un artiste habile qui donnepar quelque chef-d’œuvre des preuves de son adreíse, je tire de cet-te partie de l’histoire qui touche aux tems que nous avons quittez,& que je raconte en peu de mots un fait qui mette en évidencetout ce que j’ai avancé de la force Sc de la vigueur qu’avoit alorscette République.
Annibal, après la défaite des Romains à Cannes, aiant pris prison-niers huit mille hommes qui avoient été laiísez à la garde d-u retranche-ment, leur permit d’envoier à Rome pour y ménager leur rachat Scieurretour. Dix des plus considérables aiant été choisis, ce Général les fitpartir après leur avoit fait prêter serment qu’ils le viendroient rejoin-dre. Dn de la troupe fut à peine sorti du retranchement, qu’aiantditqu’il avoit oublié quelque chose, il retourna, prit ce qu’il avoit laiffé Screpartit aussitôt, croiant par ce premier retour avoir gardé fa foi Sc sa-tisfait à son serment. Arrivez dans Rome, ils prièrent le Sénat de nepoint envier à des prisonniers la consolation de revoir leur patrie, qu’illes condamnât à paier chacun trois dragmes, pourvu qu’il leur permîtde rentrer dans leur famille , qu’Annibal ne demandoit rien davantagepour leur rachat, qu’ils ne s’étoient pas rendus indignes de cette grâce,qu’ils n’avoient pas craint de combattre, qu’on ne pouvoit rien leur re-procher qui fît déshonneur à Rome, Sc que laislèz pour la garde ducamp , c’étoit par pur malheur qu’après la défaite de tout le reste deì’armée ils étaient tombez en la puistance des ennemis. Les Romains
avoient