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Tome VI.
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HISTOIRE DE POLYBE,

Ce fut en cette occasion que quelques jeunes soldats Romains, biestinstruits du foible de leur Général, lui amenèrent une fille d’une rarebeauté, & le prièrent d’agréer le présent qu’ils lui en faisoient. Sci-pion frapé dés charmes de cette jeune personne: si j’étois simpleparticulier , leur dit-il , vous ne me pourriez faire un présent plusagréable j mais dans la place où je fuis rien n’est moins capable de metenter, faisant entendre par-là que dans certains momens de loisir lesjeunes gens trouvent un agréable amusement avec le sexe ; maisqu’estrems d’affaires cet amufement-là même troubloit trop la tranquillitédu corps & de l’esprit. II remercia cependant ces soldats, & aiantfait venir le père de la fille, il la lui remit entre les mains, & l’exhortade la marier avec tel de ses citoiens qu’il jugeroit à propos. Cettemodération 8c cet éloignement des plaisirs fit beaucoup d’honneur àScipion.

Toutes choses étant ainsi réglées, il mit à la garde des Tribuns lereste des prisonniers. Ensuite il fit monter à C. Ltelius une galère àcinq rangs, lui joignit quelques Carthaginois & les plus distinguesd’entre ceux qui avoient été pris, & les envoia à Rome pour y ap-prendre la nouvelle conquête qu’il venoit de faire : persuadé quecomme on n’y espéroit rien du côté de l’Espagne, on n’y auroit paSplutôt appris les avantages qu’il avoit remportez, que l’on represl-droit courage & qu’on penserait plus sérieusement que jamais à poussescette guerre. Pour lui il resta quelque tems dans la nouvelle Carthagepour y exercer son armée navale, 8c montrer aux Tribuns de quellemaniéré ils dévoient exercer celle de terre.

Le premier jour il commanda aux légions de courir en armes l’espa-ce de quatre mille pas; le second de fourbir , de nettoier 8c d'exa-miner leurs armes devant leurs tentes, le troisième de se divertir, sequatrième de combattre avec des épées de bois couvertes de cuir, &au bout desquelles il y avoit un bouton, Lc de lancer des javelots gar-nis auffi d’un bouton à la pointe ; le cinquième de recommencer secourse qu’ils avoient faite le premier jour. II eut surtout grand soind’avoir des ouvriers, afin qu’on ne manquât d’aucunes armes, soit poufles exercices soit pour les batailles. C’est pour cela que quoiqu’il eû £commis des gens pour prendre garde à leurs besoins, il ne laissespas de les visiter lui-même pendant le jour, & de leur fournir tout cequi leur étoit nécessaire. A voir les légions s’exercer à la guerre sousles murailles de la ville, les troupes de mer faire essai de leur agise^Lc de leur force à manier les rames, les artisans dans la ville partseaiguiser, partie travailler en bois ou en fer, tout le monde en un mo £s’occuper à fabriquer des armes, il n’y avoit personne qui ne pût ap'pliquer à la nouvelle Carthage le mot de Xénophon, que cette vilseétoit une vraie manufacture d’armes.