LIVRE X. CHAP. II.
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Quand il crut ses troupes suffisamment exercees, Sc la ville a cou-vert de toute insulte par les gardes qu’il y avoit mises Sc les fortifica-tions qu’il y avoit faites, il se mit en route avec ses deux armées, 8cmarcha vers Tarragone, aiant avec lui les ôtages qu n avoit reçûs.
A l’égard de la cavalerie, les mouvemens qu’il croioit les plus uti-les en tout tems 8c aufquels il falloit qu’elle s’exerçat, etoient de tour-ner le cheval à gauche, puis à droit, ensuite de le faire reculer. Pourles escadrons entiers, il les instruisoit à se mouvoir d un cote, puis ase remettre, à tourner le dos à l’ennemi en deux tems, a lui faire vol-teface en trois, à oartir promtement des ailes ou du centre un ou deuxpelotons ensemble, à revenir à leur poste fans se désunir 8c sans per-dre leurs rangs- à sc ranger à l’une 8c à l’autre aile, ou lorsqu on po-se se camp, ou’lorsqu’il faut tourner par derrière l’armee. 11 ne leurapprenois point à se détourner de côté 8c d’autre par bandes separees,parce qu’il croioit ce mouvement inutile 8c peu différent de ce m efarinée en marche. II lesexerçoit encore à avancera 1 ennemi 8c a taireretraite de maniéré, que même en courant on ne quittât pas ses rangs,6c que le même intervalle se trouvât toujours entre les escadrons. Carrien n’est plus inutile 8c plus dangereux que de mettre aux mains unecavalerie qui a rompu ses rangs. .
; Après avoir ainsi instruit 8c les soldats 8c les Officiers, il parcourutles villes pour y examiner, premièrement si se peuple entroit biendans ce qu’il avoit ordonné, 8c en second lieu si ceux qui y com-mandoient étoient capables de donner Sc de bien faire entendre ses or-dres. Car il étoit dans ce sentiment, que rien n’etoit plus necesiai-re à Pheureux succès des entreprises que Phabileté des Officiers parti-culiers.
Après avoir ainsi disposé toutes choses, il fit sortir des villes facavalerie, & Paííembla dans un lieu où lui-même lui montroit tous lesmouvemens qu’elle devoit faire, 8c faisoit lui-même tous ses exerci-ces des armes. Pour cela il ne se tenoit pas toujours à la tête,comme nos Capitaines font aujourd’hui, «'imaginant que la premièreplace est la seule qui leur convienne. C’est ne pas sçavoir son métier8c exposer le service que d’être vû de tout se monde 8c de ne voir per-sonne. 11 ne s’agit pas de faire voir que l’on a de l’autorité fur dessoldats, il faut montrer qu’on s’entend à les conduire, 8c sc trouverP^r conséquent tantôt à la tête, tantôt à la queue, tantôt au centre.C’est ce que faisoit Scipion, voltigeant d’escadrons en escadrons, voianttout par lui-même, instruisant ceux qui n’etoient pas astèz instiuits,& corrigeant d’abord ce qui n’avoit pas été bien fait. Mais il étoit ra-re qu’il eût besoin d’instruire ou de corriger, ou si cela arrivoit c’étoitsaffaire d’un moment, tant ses troupes avoient auparavant été exercéescn Particulier. Un mot de Demetrius de Phalére fait voir l’excellenceTome VI. O de